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mercredi, 04 octobre 2006

Faim et pauvreté : réponses aux crises alimentaires en Afrique (1)

Beaucoup parmi les ONG qui s’occupent de développement ignorent la recherche et/ou considèrent que toutes les solutions techniques dont les populations dont ils s’occupent ont besoin existent déjà et que le développement est essentiellement affaire de bonnes politiques et de mise en œuvre. Je dois reconnaître en même temps que la plupart des chercheurs n’ont guère une vue plus claire sur le rôle des ONG. Les pertes de synergie qui résultent de cette incompréhension réciproque, essentiellement due à une insuffisance de dialogue, sont certainement considérables. Mais ce n’est pas de cela que je veux parler aujourd’hui. Je veux parler d'Oxfam, ONG que je trouve tout à fait remarquable, à part qu'ils ignorent un peu trop les chercheurs qui travaillent sur les mêmes dossiers qu'eux...

Je viens donc de trouver un rapport publié par Oxfam cet été, sur « Les Causes de la faim : examen des crises alimentaires qui secouent l’Afrique ». Ce n’est pas très long à lire (une trentaine de pages), mais c’est très riche d’enseignements. Je ne vais pas en faire un résumé, mais seulement extraire quelques informations que je considère clés, mais dont le grand public n’est pas informé. Je rajouterai bien sûr mes commentaires…

Deux idées pour cette première note sur ce rapport. La première, c’est que les crises alimentaires en Afrique , on en parle de moins en moins alors qu’elles ont presque triplé depuis 20 ans. A cela s’ajoute que si certaines d’entre elles sont bien médiatisées, pour beaucoup l’aide intervient trop tard parce que les outils d’alerte, très simples à mettre en place, ou bien ne fonctionnent pas, ou bien ne sont pas pris au sérieux par ceux qui devraient être les premier à réagir, à savoir les gouvernements. Surtout, il y a des crises dont on ne parle pas ou pas assez. Savez-vous par exemple que 71% de la population de la République Démocratique du Congo (RDC) souffre de malnutrition ? Ou que près d’un enfant sur deux, au nord de l’Ouganda, souffre de rachitisme à cause d’une alimentation constamment insuffisante et aléatoire ?

La seconde idée, peut-être encore plus choquante, c’est que nos agricultures profitent grassement de ces crises. L’aide alimentaire que donnent des pays comme les Etats-Unis ou la France chaque fois qu’il y a une crise, dont on parle beaucoup en disant « nous avons donné x millions pour aider tel ou tel pays », ne se traduit pas dans les faits par la même somme en monnaie sonnante et trébuchante parvenant au pays dans le besoin, mais surtout par des dons en surplus agricoles subventionnés. Autrement dit, « sur ces x millions, nous en avons en fait donné y à nos agriculteurs ». Cette nourriture, dont le pays en crise a besoin, doit bien venir de quelque part, me direz-vous. C’est vrai, mais elle pourrait beaucoup plus utilement être achetée dans les pays voisins, pour moins cher, avec moins de coûts et de délais de transport, et contribuer ainsi au développement agricole régional. Le programme mondial alimentaire, principal outil des Nations Unies pour répondre aux crises évoquées ici, achète 48% de la nourriture qu’il distribue dans les pays du Sud aux fermiers américains, et seulement 30% localement, dans les régions affectées. La France généreuse ne fait pas mieux.

A suivre.

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