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vendredi, 01 septembre 2006

Achetez maigre, vendez gras – au Laos

Téléspectateurs français lassés de navets rediffusés 20 fois, de séries policières quotidiennes et de télé-réalité à deux balles, révoltez-vous !

La recherche contre la pauvreté : la télévision anglaise (BBC) consacre une série d’émissions sur les belles histoires de la recherche pour la protection de l’environnement et la lutte contre la pauvreté. On pourrait faire un truc comme Ushuaia chez nous sur ce thème là

Exemple d’histoire filmée par la BBC : Achetez maigre, vendez gras – au Laos

L’agriculture traditionnelle, dans les régions d’altitude du Laos, est basée sur des alternances de cultures et de jachères, ces dernières permettant aux sols de récupérer leur fertilité avant d’être à nouveau cultivés. Avec une pression de population croissante, le temps de jachère a du être diminué, et en parallèle la déforestation a augmenté. Au final on a observé une diminution de la fertilité des sols et des rendements dans une région où les riziculteurs étaient déjà bien pauvres. En se mettant à cultiver des herbes, connues pour leur qualité fourragère, et alimenter avec leurs animaux, ces agriculteurs découvrent une nouvelle source de revenu. Une lueur d’espoir pour sortir de la pauvreté.

Le Laos

Le Laos est essentiellement une société rurale, puisque 85 pour cent de la population dépend de l’agriculture. Le secteur agricole représente 52 pour cent du PNB, dont 18% pour l’élevage et la pêche. Les zones les plus productives sont les zones de basse altitude le long du Mékong et de ses affluents. Les zones d’altitude souffrent de leur éloignement des marchés, accentué par l’état des routes, et dépendent essentiellement d’une agriculture de subsistance. Ces régions n’ont pas profité du développement économique et les populations qui y vivent sont très pauvres.

Toute stratégie visant à aider ces agriculteurs pauvres doit posséder simultanément toute une série de critères – elle doit favoriser la croissance de la production agricole, augmenter les revenus des familles tout en conservant les ressources naturelles et l’environnement.

Les projets fourrages du CIAT en Asie du Sud-Est

Depuis plus de 20 ans, le Centre International pour l’Agriculture Tropicale (CIAT) travaille pour trouver des solutions au problème présenté ci-dessus. Le projet « fourrages pour les petits agriculteurs » (FPA) et son successeur « systèmes d’élevage et niveau de vie » (SNEV) impliquent un réseau d’agriculteurs, de spécialistes du développement et de chercheurs avec pour objectif d’améliorer la production animale grâce aux fourrages en Asie du Sud-est. Le SNEV, qui est financé par le gouvernement australien, se focalise sur le nord du Laos.

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Le fourrage est apporté aux animaux.
Crédit: Jim Holmes et CIAT

L’élevage est une ressource pour les familles: une source potentielle de revenu, comme par exemple dans le cas du buffle qui peut être loué pour le labour, ou une assurance, l’animal pouvant être vendu quand la récolte n’est pas là. En général, les animaux n’ont que rarement été considérés comme une source de revenu par eux-mêmes et les petits agriculteurs ont donc peu investi dans l’achat d’animaux. Ces animaux sont généralement gardés à un niveau de subsistance et nourris de plantes natives et de résidus agricoles.

Dans la plupart des endroits du monde, et certainement en Asie du Sud-est et de l’est, on observe une évolution de la demande pour l’animal et les produits animaux en conséquence de la croissance démographique, de l’urbanisation et de l’augmentation des revenus. On estime que la demande en viande augmentera de 3 pour cent par an dans la région vers 2020. Au Laos, environ 75 pour cent de la viande bovine produite est consommé sur place, le reste étant exporté, principalement vers la Thaïlande, de plus en plus vers le Vietnam et, sans doute demain, vers la Chine.

Sécurité financière

Les agriculteurs prennent conscience que l’amélioration de la production animale pourrait améliorer leur sécurité financière. Pour aider ces agriculteurs, le CIAT les encourage à cultiver des fourrages pour alimenter les animaux et en même temps améliorer la valeur de leur cheptel.

Dans un projet financé par le gouvernement australien (AusAID), le CIAT a travaillé avec plus de 1300 familles réparties dans une centaine de villages de cinq districts appartenant à deux provinces– Xieng Khouang and Louang Prabang – et ce depuis maintenant cinq ans.

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Les systèmes de production animale varient considérablement, d’un village ou d’une zone à l’autre, quelquefois en raison des ressources disponibles et quelquefois en raison de différences culturelles. Les solutions proposées doivent être adaptées à ces réalités.

Les fourrages

Les plantes fourragères sont des herbes (des graminées) et des légumineuses arbustives ou arboricoles qui peuvent servir à l’alimentation des animaux. Elles peuvent rendre d’autres services, comme par exemple de contribuer à prévenir l’érosion des sols, ou d’améliorer leur fertilité, ou de permettre de mieux contrôler les mauvaises herbes.

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Gee Her et son papa procèdent à la récolte du fourrage pour alimenter les animaux.
Crédit: Jim Holmes et CIAT

Au départ, de nombreuses variétés de fourrages ont été évaluées, mais on a réduit leur nombre de 600 espèces et variétés à quelques 40 ‘cultivars’ à large spectre d’adaptation et pouvant contribuer à l’alimentation animale dans la région.

Critères pour sélectionner le fourrages:
• Comprendre les besoins des producteurs . Il y a quelquefois des ressources locales suffisantes pour l’alimentation animale. C’est seulement en cas de réel besoin qu’on peut motiver les producteurs pour qu’ils évaluent des fourrages et les adaptent à leur besoins propres.
• Trouver comment cultiver et utiliser les fourrages. Le pâturage de petites parcelles est un moyen simple, mais il faut impérativement une clôture pour empêcher les animaux d’aller manger les cultures voisines ou pour empêcher les animaux du voisin de venir se régaler chez soi. On peut aussi cultivar le fourrage, le couper, et l’apporter là où sont parqués les animaux. Cette méthode a l’avantage de concentrer les déjections qui peuvent être collectées. Des « clôtures vertes » peuvent apporter un bon supplément protéique tout en maintenant les animaux à l’écart des cultures voisines.

• Trouver les fourrages adaptés au sol et au climat. Une banque de données a été constituée qui réunit les informations sur les différentes espèces disponibles et leurs caractéristiques. Les agriculteurs peuvent faire leurs choix pour des tests à la ferme
Ce qu’ils recherchent généralement:
• Une plante qui pousse aussi pendant la saison sèche;
• Une plante qui s’installe rapidement après le semis;
• Une plante qui vit longtemps (pérenne);
• Une plante appréciée par les animaux, quelque soit sont stade de croissance.

Impact du projet

L’attitude des agriculteurs vis à vis de leurs animaux a changé, en même temps qu’ils prenaient la mesure des bénéfices financiers qu’ils pouvaient en tirer.
Les agriculteurs ont d’abord gagné du temps parce que les fourrages sont plantés près de la ferme et ils n’ont plus à les chercher dans la végétation naturelle plus éloignée. Les animaux sont en meilleure condition, plus sains, capables de se reproduire plus souvent. Et la conséquence de tout cela est une augmentation significative des revenues au moment où les revenues du riz diminuent.

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Animal emmené au marché – mais les infrastructures routières laissent beaucoup à désirer. Crédit photo: Jim Holmes et le CIAT



Un certain nombre de problèmes sont encore à résoudre :
• Les marchés peuvent être difficiles d’accès du fait de l’état des infrastructures routières.
• L’éloignement fait que les agriculteurs sont mal informés des conditions du marché et n’obtiennent pas toujours le meilleur prix pour leurs produits.
• Pour les plus pauvres, l’absence de capital les empêche d’acheter un animal, mais ils peuvent démarrer avec de la volaille et des porcs et epue à peu acquérir les moyens d’acheter une vache.
• Il y a un risque de déforestation pour planter plus de fourrages, qui peut être atténué si l’on favorise les implantations fourragères dans des zones non forestières d’altitude.
• Les maladies animales restent un problème au nord Laos, même si des animaux mieux nourris sont moins susceptibles de les attraper.
• Pour tous ceux qui ont planté ces nouveaux fourrages, les bénéfices financiers ont des conséquences évidentes. L’augmentation des revenus a créé une certaine sécurité et une plus grande volonté d’investissement. Ils achètent de nouveaux animaux en meme temps qu’ils améliorent leurs conditions de vie, notamment leurs maisons, et commencent à envoyer leurs enfants plus longtemps à l’école.

Remerciements à Rod Lefroy, le coordonnateur régional du CIAT en Asie, et Peter Horne, le responsable du projet à qui ces infos ont été empruntées par la BBC et traduites, de façon très libre, par votre serviteur.

Commentaires

Bonjour,
Très intéressant votre note. On parle rarement de ce qui va bien , des initiatives prises un peu partout dans le monde pour améliorer les choses. Avez-vous le titre de l'émission de la BBC qui diffuse ces reportages ? Je n'ai pas réussi à le trouver.
Merci d'avance

Ecrit par : Sydney | mardi, 05 septembre 2006

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