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jeudi, 31 août 2006
Tous à vélo !
Le baril de pétrole valait une trentaine de dollars il y a 3 ans, on est aujourd’hui au-dessus des 70. Si on a tous les jours un nouveau sondage pour nous informer des cotes de popularité respectives de Ségolène et Nicolas, on se garde bien de nous informer des prévisions quant au prix baril de pétrole dans un, cinq ou dix ans. Cela ferait chuter les ventes de 4x4, alors vous pensez…
Il ne faut pas être un spécialiste pour deviner que le prix ne va pas diminuer au fur et à mesure qu’on approche de l’épuisement des réserves, promis pour dans seulement 40 ans. Je viens donc de m’acheter une voiture qui consomme 4 litres au 100 km. Cela existe. Je crois que nous allons très vite dépasser les 100, voire les 150 dollars le baril - 2 ou 3 euros le litre à la pompe ? - sans attendre ces fameux 40 ans. La demande ne cesse de croître parce que personne ne fait rien ou presque pour qu’elle diminue. Les réserves s’épuisent…Vous faites partie des autruches ?
Cela m’amène à deux questions.
Un. Chez nous, l’énergie que nous consommons tous les jours un peu plus, on va la sortir d’où ? Puisqu’une association d’intégristes du statu quo se crée chaque fois qu’une municipalité veut installer deux éoliennes et que les recherches sur les autres énergies sont financées au compte-goutte parce qu’il vaut mieux vendre des avions aujourd’hui que de se préoccuper de la vie de nos enfants demain… nous n’aurons qu’une seule et unique solution : construire plus de centrales nucléaires. Quelle belle perspective ! Nos belles associations protectrices des petits lapins dérangés par le bruit (mais pourquoi pullulent-ils si facilement sur les aéroports, alors ?) auront le choix de préférer l’installation d’une centrale nucléaire dans leur jardin. Ou d’aller à pied le matin au boulot après une nuit dans une maison non chauffée (plus question de pouvoir acheter du fioul domestique, le pétrole étant réservé exclusivement aux gros avions à partir de 2025 – c’est demain).
Deux. Chez nos voisins, comme dans les pays africains qui n’ont pas de pétrole aujourd’hui et en auront encore moins demain, qui ont plein de soleil mais pas les technologies nécessaires pour l’utiliser, on va aussi créer des centrales nucléaires ? Je ne parle pas de ces pays du Sud qui sont volcaniques et/ou soumis à des tremblements de terre à répétition… mais la multiplication des centrales nucléaires partout et n’importe où, cela a de quoi interpeller même le scientifique le plus confiant dans le progrès scientifique, non ? C’est quoi l’autre solution, non nucléaire, économiquement viable aujourd’hui ?
Je comprends tous ceux qui font aujourd’hui les autruches – 99,99% d’entre nous – ouvrir les yeux est bien trop angoissant.
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mercredi, 30 août 2006
Science for the Poor in Kenya – La science qui combat la pauvreté au Kenya
Bonnes résolutions de rentrée (je préfère celles-là à celles du 1er janvier)… j’ai rangé mon bureau. Tiens il est en bois, et assez joli, j’avais oublié. Entre autres choses, j’ai retrouvé un magnifique rapport en anglais publié en 2003 par le GCRAI (voir mes notes 1 et 2 du 17 janvier dernier) sur la science qui combat la pauvreté au Kenya. Je relève deux citations dans ce rapport. La première est du directeur de l’institut national de la recherche agronomique, Romano Kiome. Il écrit : « Those who reject biotechnology do so on full stomachs » (ceux qui rejètent les biotechnologies ont le ventre plein). Sans commentaire. L’autre est du ministre de l’agriculture, Kipruto Kirwa. Après avoir souligné l’importance de la recherche agricole pour le développement économique national, Mr. Kirwa conclut en disant : « la recherche et les progrès scientifiques sont affaire de partenariats. Ces collaborations doivent intervenir à tous les niveaux, du niveau local – les communautés – jusqu’au niveau international, si nous voulons que cette recherche ait un impact sur la réduction de la pauvreté ».
Comme chaque année à cette époque, les chercheurs du Cirad (voir colonne de gauche) sont réunis pour réfléchir ensemble à leur avenir. S’ils discutent beaucoup de « boites », autrement dit de la réforme de leur structure interne, il semble que peu de temps soit consacré aux modes opératoires. Il y a cependant des questions stratégiques en suspens, qui ne concernent pas que cet organisme d’ailleurs, sur le rôle de la France et plus spécifiquement de la recherche française dans le combat international contre la pauvreté.
Une de ces questions concerne le métier de chercheur. Une exception française très appréciée chez nos partenaires du Sud était que nous avions un réservoir important de chercheurs ayant une expérience de terrain, au Sud. J’utilise l'imparfait parce que je crois que c’est quelque chose qui est malheureusement comme un monument en péril. Expérience de terrain, cela veut dire, entre autres, que ces chercheurs étaient capables de traduire des observations directes, de qualité, en bonnes questions pour la recherche. Et donc de faire que notre programmation « colle » mieux, soit mieux adaptée aux besoins réels et à la demande, avec à la clé un réel impact sur le développement. Quand on n’est pas sur le terrain, on peut encore envoyer de l’argent pour que les chercheurs locaux fassent le travail, s’ils le peuvent. Et/ou conduire des recherches chez nous, dans nos laboratoires, que l’on pense devoir ou pouvoir contribuer aux besoins locaux. On y perd et notre originalité et notre efficacité, l’expérience du terrain étant irremplaçable. Et le travail « pour le Sud chez nous » ce n’est certainement pas une alternative durable, tant les chercheurs sont dépendants d’un système d’évaluation uniformisant. La recherche française qui combat la pauvreté est très sérieusement menacée.
Je ne dis pas cela parce que je suis un quinquagénaire nostalgique et conservateur. Bien au contraire, je crois que nous devons innover, constamment, en matière de partenariats, parce que nos partenaires évoluent, Dieu merci, et que leurs besoins évoluent avec eux. Et quelquefois très vite. Il suffit de regarder l’évolution de la recherche au cours des 20 dernières années, en Inde, en Chine ou au Brésil par exemple. Les indiens sont toujours ravis de pouvoir venir en France, pour se former ou pour compléter leur formation, ou pour collaborer avec une de nos équipes dans le cadre d’un projet de recherche d’intérêt partagé. Mais aujourd’hui il y a aussi de plus en plus de français qui vont se former ou compléter leur formation en Inde ! Les relations doivent évoluer et les modes opératoires doivent se diversifier. En même temps il faut se garder – la tentation est grande – de contribuer à creuser le fossé entre les pays pauvres et les pays émergents en ne travaillant qu’avec ces derniers. Si les enjeux de demain, comme l’eau, l’énergie, les changements climatiques, les maladies émergentes, etc. sont des enjeux mondiaux, planétaires, ceux qui en souffriront le plus seront les pays les plus pauvres, et nos efforts doivent porter sur ces pays-là. Notre contribution ne sera réelle et positive que si nous allons sur le terrain, peut-être pas pour y passer 10 ou 15 ans comme le faisaient les chercheurs d’autrefois (je suis dans cet autrefois), mais assez longtemps ou assez souvent pour construire des partenariats de qualité sur la durée. Des partenariats qui apportent des solutions durables.
Je l’ai déjà dit, mais je vais le répéter encore. La recherche qui combat la pauvreté, c’est une nécessité, un devoir absolu. Nous avons nos organismes de recherche dédiés, l’IRD et le Cirad. Il ne faut pas permettre qu’ils dévient de leur mission. Il faut que leurs outils, leurs modes opératoires évoluent. Il faut qu’ils participent davantage des efforts collectifs au lieu de favoriser les actions bilatérales déconnectées des efforts des autres intervenants, européens, américains, japonais, etc. Mais il faut surtout qu’ils continuent, qu’ils fassent plus et mieux. Pas chacun de leur côté. Ensemble, et avec les autres. Les petites et grandes boites du Cirad, à côté de cela, c’est un peu secondaire, non ?
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mercredi, 16 août 2006
Les OGM bientôt obsolètes
J’ai quitté la plage, l’eau devenait franchement trop froide et les quinze-aoûtards trop nombreux, mais Mathieu me relance sur les OGM. Lui qui est un lecteur assidu du Libération quotidien a vu dans « Rebonds » un article où il est question des SAM qui vont rendre les OGM obsolètes.
Moi qui me contente de lire mon Midi Libre le matin, en buvant mon premier café, je dois me féliciter de ce que Libération archive ses articles (ou résumés d’articles ?) sur son site web, sans demander, comme d'autres, un abonnement pour chaque consultation. J’ai donc cherché et trouvé l’article en question , écrit par un américain très célèbre parce qu’il étale depuis longtemps ses différences – être opposant aux OGM, aux Etats-Unis, ce n’est pas courant - avec un certain talent d’écriture.
Jeremy Rifkin écrit dans son article ce que j’ai écrit ici et ailleurs d’innombrables fois. Les biotechnologies sont très très loin de se limiter aux OGM, et il n’y a que les imbéciles pour ne pas s’en apercevoir. En même temps que quelques uns perfectionnaient les technologies nécessaires pour introduire des gènes étrangers dans des plantes cultivées, d’autres travaillaient sur le génome, et affinaient les outils moléculaires nécessaire pour cela. Aujourd’hui, ils peuvent analyser la diversité d’une espèce cultivée et de ses cousins sauvages comme on ne l’a jamais fait jusqu’ici. Si une autre équipe de recherche identifie un gène jouant un rôle, par exemple dans la résistance à la sécheresse, ils sont maintenant capables de cribler une collection de plusieurs milliers, voire plusieurs dizaines de milliers de plantes, pour trouver celle(s) qui possède le gène dans sa forme conférant la résistance. Ils sont donc capables de dire aux sélectionneurs « c’est cette plante-là que vous devez utiliser, même si vous ne la trouvez pas belle et que vous ne l’auriez pas choisie ». Et ils sont capables de leur donner un outil, le marqueur moléculaire lié à cette forme du gène, pour leur permettre de sélectionner rapidement, dans les descendances des croisements qu’ils feront avec des plantes « plus jolies », celles qui sont plus productives et qui ont gardé le gène d’intérêt. C’est la base de ce qu’on appelle la sélection assistée par marqueurs (SAM). Et ce n’est pas une technologie pour la prochaine décennie, puisqu’il existe déjà des variétés issues de SAM. Peu, c’est vrai. Et les criblages de diversité progressant aujourd’hui très vite, en même temps que se développent des technologies pour accélérer les criblages et pouvoir les faire sur de plus grands nombres, il y a tout à parier que d’ici 5 à 10 ans nous entendrons beaucoup plus parler des SAM, et beaucoup moins des OGM. Parce que, sauf pour quelques caractères récalcitrants ou « purement commerciaux » (comme la résistance à l’herbicide de Monsanto), on trouvera tous les gènes dont on a besoin pour produire plus et mieux dans la diversité naturelle des plantes et de leurs cousins sauvages. Et qu’on saura enfin détecter et utiliser proprement les caractéristiques les plus utiles de ces plantes-là.
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vendredi, 11 août 2006
« Je m’adresse à qui ? »
Quand on est un responsable de la recherche à l’étranger et que l’on cherche la réponse à une question, les coordonnées d’une personne à contacter en France, ou les chercheurs français responsables dans un domaine d’activité, on s’adresse à qui ?
Nous discutions hier au téléphone avec le directeur du GCRAI – le groupe qui finance les 15 centres internationaux de recherche agricole – sur le renforcement des relations entre ces centres et les organismes de recherche français. Il m’a fait une série de questions qui pouvaient se résumer en une seule :
« Who do I talk to ? »
Si nous développons un nouveau grand programme demain, sur l’interaction entre les changements climatiques et les agricultures du Sud, par exemple, et que je veux savoir qui fait quoi en France sur cette question, et qui pourrait contribuer, je m’adresse à qui ?
Nos centres sont régulièrement évalués, mais peu de français participent à ces évaluations. Si je veux avoir un expert français dans un de mes comités d’évaluation, je m’adresse à qui ?
Vous avez beaucoup d’étudiants étrangers chez vous et vous faites beaucoup de cours dans les pays du Sud. Si je crois qu’on a de réelles possibilités de faire des choses de meilleure qualité en travaillant ensemble sur la formation aussi, et que je voudrais en conséquence discuter de la construction de programmes communs, je m’adresse à qui ?
Etc. Je pourrais multiplier les exemples. Quand on est un responsable de la recherche à l’étranger, que l’on a entendu parler de l’expérience unique de la recherche française dans les pays du Sud, et que l’on a donc la bonne idée de vouloir coopérer avec nous, où trouve-t-on la réponse à ses questions ?
Nulle part et dans dix mille sites web mal faits pour y répondre.
Pourquoi faire simple si on peut faire compliqué ?
Pourquoi ne demanderait-on pas à Agropolis de devenir le site collectif qui répond pour tous ?
11:54 Publié dans Réactions | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
mercredi, 09 août 2006
Il n’y a pas de plante miracle contre la pauvreté
Le congrès sur le riz africain qui vient de se tenir à Dar es-Salaam, en Tanzanie, a peut-être voulu faire croire au contraire, en ventant à l’excès les résultats de l’Association pour le développement de la riziculture en Afrique (ADRAO), l’un des 15 centres internationaux de recherche agricole. Leurs NERICA – acronyme anglais signifiant « nouveaux riz pour l’Afrique » - n’ont d’abord rien de nouveau. Ce sont des hybrides entre les deux espèces cultivées, l’asiatique (Oryza sativa) et l’africaine (Oryza glaberrima). De tels hybrides ont été produits par différentes équipes de recherche, dont des équipes françaises, depuis plus de 30 ans. Avec des résultats intéressants mais n’engendrant aucun enthousiasme. Les NERICA de l’ADRAO sont-ils vraiment plus intéressants que leurs prédécesseurs ? On peut seulement être sûr de deux choses : (1) l’ADRAO et ses amis consacrent beaucoup d’argent à la promotion de leurs riz, (2) aucun africain pauvre ne sortira durablement de sa pauvreté en ne produisant que du riz, une denrée qui se vend à prix très bas sur les marchés. La pauvreté rurale a besoin de tirer profit de la diversification agricole et l’ADRAO ne travaille QUE sur le riz. Je m’interroge donc sur le sens de ce congrès africain qui me semble être un congrès d’une autre époque, celle où l’on croyait que la révolution verte pouvait toucher l’Afrique comme elle avait touché l’Asie. La grande monoculture africaine, c’est le rêve de qui aujourd’hui ?
Il n’y a pas de plante miracle contre la pauvreté.
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mercredi, 02 août 2006
La viande brésilienne montrée du doigt
Le Brésil est un grand pays disais-je. Et voilà que je tombe sur une note critiquant l’absence de contrôle dans l’usage des médicaments vétérinaires et des hormones, ce qui fait que certains appellent maintenant à interdire l’importation de viande en provenance de ce pays. Ce sont qui les « certains » ? Il est sûr que chez nous beaucoup de producteurs préfèreraient voir cette viande rester au Brésil où partir ailleurs. Un rapport du bureau spécialisé de l’Union Européenne a trouvé que beaucoup de médicaments vétérinaires interdits en Europe sont en vente libre au Brésil. On n’exige pas non plus des producteurs qu’ils tiennent des registres précis de ce qu’ils utilisent. Le rapport conclut que beaucoup des problèmes constatés en 2003 sont toujours présents. Sous entendu : si vous boycottez, on ne dira rien.
Oui, c’est sûr qu’il vaut mieux manger de la bonne vache de chez nous, ce n’est pas monsieur Bové qui me contredira là-dessus. Tout le monde sait que l’alimentation animale chez nous fait l’objet de toutes les attentions depuis bien des années. Les farines animales et la vache folle, c’était pas chez nous. Le soja transgénique qui débarque par paquebot aujourd’hui quand nos guignols font la une pour avoir coupé trois pieds de maïs transgéniques expérimentaux (c’est moins risqué que d’aller empêcher un débarquement au Havre), c'est pas chez nous non plus… nous avons bien raison de vouloir donner des leçons aux brésiliens… qui sont presque les seuls à faire paître encore toutes leurs vaches au pré, avec de la bonne herbe bien verte et bien grasse. Rien que dans les cerrados dont je parlais plus tôt, il y a 61 millions d’hectares de pâturages cultivés. Il y en a à peine 3 millions en France. 3 millions d’hectares pour 19 millions de têtes de bovin, 6,7 millions d’ovins et 1,2 million de caprins, cela fait pas beaucoup d’herbe par tête de pipe (pardon, c'est Bové qui me poursuit!). Si je rajoute à cela qu’un hectare de Brachiaria brésilien, cela doit produire 2 à trois fois plus de fourrage que ce que fait le meilleur pâturage de chez nous, tropiques obligent, vous comprendrez pourquoi je dis qu’il n’y a pas match, côté qualité de l’alimentation animale entre ce qu’on peut faire des deux côtés de l’atlantique. Donc il fallait inventer un coup tordu.
Eh bien non, on nous baratine. La viande de chez nous, il y a longtemps qu'elle n'est plus la meilleure. Allez un peu demander aux brésiliens de Montpellier – il y en a beaucoup – s’ils préfèrent le boeuf français à la viande de chez eux. On peut battre le Brésil au foot, mais sur la qualité de la viande on n’a vraiment aucune chance.
Alors, malins, nos politiques, qui ont trop peur que le tracteur de Bové coupe la route de leur vacances, multiplient les barrières déguisées aux importations en provenance des autres pays agricoles, et notamment des pays agricoles du Sud... qu’ils disent par ailleurs prêt à aider dans tous leurs discours. Pas faux-jetons. Oui, dans cette demande d’embargo, il y a peut-être un tout petit peu de vrai. "Le Brésil, ce n'est pas un pays sérieux" aurait dit le grand Charles. Il y a surtout un énorme protectionnisme déguisé. Et tant pis pour le consommateur. Après tout il ne s’apercevra qu’on se fiche de lui seulement s’il est assez riche pour aller passer des vacances au Brésil. Ce n’est pas encore donné à tout le monde.
Moi je n’y vais que pour mon travail. Vous êtes jaloux ? Vous trouvez que c’est pas juste ?
16:30 Publié dans Réactions | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
Amazonie : le mythe continue
L’Amazonie attire toutes sortes d’aventuriers. Des aventuriers de l’exploitation, minière, forestière ou agricole. Des aventuriers de la recherche, botanistes, écologues, de sciences humaines et sociales, etc. Un brésilien me disait un jour « je crois que dans l’Amazonie aujourd’hui il y a plus de chercheurs que d’indiens ». J'ai pas compté.
Il y a une vingtaine d’années, nous descendions l’Amazone, ma femme et moi, avec un couple d’amis et notre fils aîné, alors âgé d’un an. Sur le même bateau voyageait une famille descendant d’émigrés italiens. Quatre générations, une trentaine de personnes, de la mama ne parlant qu’italien au bébé dans son hamac. Ils avaient mis toutes leurs économies en commun, vendus tous leurs biens pour acheter un terrain dans un coin – forcément perdu – de la forêt amazonienne. Ils partaient s’installer sur leurs nouvelles terres, pleins d’espoir. Un long voyage depuis le sud du Brésil. Sur le même bateau, un autre personnage, chercheur d’or. Et doré de la tête au pieds, ou plutôt de ses dents jusqu’aux chaînes et bijoux en tous genres qu’il portait sur lui.
Vous avez sans doute lu d’autres histoires sur cette folle attraction et les projets pharaoniques et sans suite de quelques milliardaires américains ou des gouvernements militaires qui se sont succédés dans le pays jusqu’à il y a 20 ans.
Pour les paysans, les sols de la forêt n’étaient pas aussi riches que la végétation exubérante le laissait supposer. Ou plutôt, ils se sont vite épuisés après quelques années de culture continue ou de surpâturage. Et ce sont des millions et des millions d’hectares dégradés, largement impropres à la culture qui parsèment aujourd’hui le paysage, avec des familles rurales qui ont rêvé de richesse et se sont réveillées pauvres, et très souvent plus pauvres qu’au premier jour, obligées de rester sur place.
Le Brésil est un grand pays, dans tous les sens du terme. Il est devenu une super puissance agricole, qui fait peur aux Etats-Unis comme aux européens. Pensez… ils produisent à des prix très compétitifs malgré une absence de subventions agricoles ! (et personne là-bas ne se préoccupe plus de savoir si le soja est OGM ou non - voir ma note d'hier) Pendant longtemps, formation et recherche ont été entièrement dirigées vers ce développement d’une agriculture moderne et de l’agro-industrie allant avec. Les pionniers de l’Amazonie ou des savanes frontalières se débrouillaient comme ils pouvaient. Mais comme le Brésil est un grand pays et qu’il a fait ce qu’il fallait pour se développer vite, il peut aujourd’hui se préoccuper davantage des laissés pour compte que ne peuvent le faire beaucoup d’autres gouvernements sans moyens. Et la réhabilitation des zones dégradées, pour faire sortir les populations concernées de leur misère, est une des priorités du gouvernement Lula. Et donc de la recherche.
La recherche agronomique brésilienne a déjà démontré qu’elle ne manquait pas de savoir faire dans ce domaine. Le développement des savanes au cours des 20 dernières années en est l’éclatante démonstration. Dans les années 1970, ces savanes ne servaient qu’à l’élevage très extensif : cinq hectares pour une vache. Un fourrage africain – quelques graines d’une espèce - a été introduit par un émigré australien. En 15 ans, plus de 40 millions d’hectares ont été plantés avec cette herbe, un Brachiaria, constituant ainsi la plus grande monoculture mondiale. Mais les charges animales sont montées, jusqu’à près d’une vache pour un hectare. Tout le monde criait déjà au miracle, parce que ces terres étaient acides et réputées très peu fertiles. Mais on était loin encore de la révolution qui a suivi. L’acidité ? On peut la corriger, et l’investissement vaut la peine si derrière on plante quelque chose qui est en forte demande, comme le soja. Et peu à peu les savanes brésiliennes – que les brésiliens appellent les cerrados - ont été mises en culture, ou plus exactement en rotations culture-élevage. Les cultures se sont diversifiées, et leur fertilisation a permis que s’installent des plantes fourragères beaucoup plus performantes que les premiers Brachiaria. Les charges animales sont montées, 2, puis 3 vaches à l’hectare. Les cerrados produisent aujourd’hui 2/3 du coton brésilien, 60% du soja, la moitié de la production de viande nationale, un tiers du riz, du maïs ou du café. Et le potentiel existe pour doubler toutes ces productions puisque des 200 millions d’hectares de cerrados, un peu plus de la moitié seulement ont été mis en culture.
Réhabiliter les terres dégradées est devenu une priorité nationale et régionale. Les pays voisins du Brésil, dans l’immense bassin amazonien, se sont récemment associés pour travailler ensemble à la recherche de solutions. Les pistes principales viendront de l’adoption de bonnes pratiques agro-écologiques. Elles viendront aussi du bon usage de la biodiversité. Le bassin amazonien est en particulier le centre d’origine de très nombreuses légumineuses, qui ont la capacité d’absorber et de transformer l’azote de l’air et donc de fertiliser les sols si elles sont bien utilisées. Certaines d’entre elles ont déjà été identifiées, notamment par les chercheurs du CIAT et l’Embrapa (institut national de recherche agronomique brésilien), qui permettent d’améliorer la productivité des vieux pâturages dégradés à moindre frais. Mais d’autres solutions suivront très vite, comme de nouvelles rotations culture-élevage diversifiées, qui rendront l’espoir aux populations locales et en même temps freineront les ardeurs de ceux qui continuent de croire au mythe et continuent de défricher la forêt.
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mardi, 01 août 2006
Les questions que je me pose, là sur la plage.
"Pour nous, ce combat est indispensable et il ne cessera que quand le gouvernement mettra en place un moratoire sur les OGM et nous continuerons le combat, quelles que soient les poursuites, jusqu'à ce que les Français puissent se déterminer individuellement sur cette question qui est une question de société très importante" (José Bové, cité dans une note AP de ce jour).
Sommes-nous ou non dans un Etat de droit ? Comment Monsieur Bové et ses amis peuvent-ils se donner le droit, en toute impunité, de décider ce que les agriculteurs peuvent ou non planter sur leurs exploitations ?
Les français peuvent-ils par ailleurs se déterminer, individuellement, sur une question qui amalgame des choses aussi différentes que le meilleur des médicaments pour une maladie spécifique, une fibre comme le coton, un aliment pour le bétail, ou un aliment que nous consommons nous-mêmes directement ?
Pourquoi devrait-on se prononcer, individuellement, sur cette question alors que nous ne le faisons sur aucune autre, vivant en démocratie et ayant donc nos droits défendus par des représentants élus ?
Pourquoi doit-on sans cesse écouter ou lire les diatribes hyper médiatisée de personnalités à priori non compétentes au lieu de laisser nos représentants décider, sur la base des avis d’un groupe constitué des meilleurs experts scientifiques de la recherche publique nationale et internationale?
Pourquoi personne, dans notre pays, et en toute impunité, ne détruit les autres inventions humaines qui menacent notre environnement ou notre santé, de façon bien plus évidente que les OGM ? Toutes les voitures qui rejettent plus de 150g CO2/Km comme celles qu’utilise Mr. Bové, ou les champs de tabac, par exemple ? Parce que nous sommes dans un Etat de droit ? Pourquoi le nouveau « principe de nécessité » ne s’appliquerait-il pas à la pollution ou aux sources de risques avérés pour la santé ?
Bien sûr vous savez que le premier OGM à plus de 20 ans ? Ce n’est pas assez long pour prouver qu’il y a danger avéré ou risque supportable ? Est-ce que votre mère a mis 20 ans pour se décider à acheter son premier four à micro-ondes ?
Cela n’empêche pas de se méfier ? Mais sommes-nous encore dans les limites du raisonnable, sur cette question des dangers présumés des OGM ?
Cela vous laisse indifférent qu’on nous regarde de plus en plus comme des attardés, à l’étranger ?
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