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mercredi, 30 août 2006
Science for the Poor in Kenya – La science qui combat la pauvreté au Kenya
Bonnes résolutions de rentrée (je préfère celles-là à celles du 1er janvier)… j’ai rangé mon bureau. Tiens il est en bois, et assez joli, j’avais oublié. Entre autres choses, j’ai retrouvé un magnifique rapport en anglais publié en 2003 par le GCRAI (voir mes notes 1 et 2 du 17 janvier dernier) sur la science qui combat la pauvreté au Kenya. Je relève deux citations dans ce rapport. La première est du directeur de l’institut national de la recherche agronomique, Romano Kiome. Il écrit : « Those who reject biotechnology do so on full stomachs » (ceux qui rejètent les biotechnologies ont le ventre plein). Sans commentaire. L’autre est du ministre de l’agriculture, Kipruto Kirwa. Après avoir souligné l’importance de la recherche agricole pour le développement économique national, Mr. Kirwa conclut en disant : « la recherche et les progrès scientifiques sont affaire de partenariats. Ces collaborations doivent intervenir à tous les niveaux, du niveau local – les communautés – jusqu’au niveau international, si nous voulons que cette recherche ait un impact sur la réduction de la pauvreté ».
Comme chaque année à cette époque, les chercheurs du Cirad (voir colonne de gauche) sont réunis pour réfléchir ensemble à leur avenir. S’ils discutent beaucoup de « boites », autrement dit de la réforme de leur structure interne, il semble que peu de temps soit consacré aux modes opératoires. Il y a cependant des questions stratégiques en suspens, qui ne concernent pas que cet organisme d’ailleurs, sur le rôle de la France et plus spécifiquement de la recherche française dans le combat international contre la pauvreté.
Une de ces questions concerne le métier de chercheur. Une exception française très appréciée chez nos partenaires du Sud était que nous avions un réservoir important de chercheurs ayant une expérience de terrain, au Sud. J’utilise l'imparfait parce que je crois que c’est quelque chose qui est malheureusement comme un monument en péril. Expérience de terrain, cela veut dire, entre autres, que ces chercheurs étaient capables de traduire des observations directes, de qualité, en bonnes questions pour la recherche. Et donc de faire que notre programmation « colle » mieux, soit mieux adaptée aux besoins réels et à la demande, avec à la clé un réel impact sur le développement. Quand on n’est pas sur le terrain, on peut encore envoyer de l’argent pour que les chercheurs locaux fassent le travail, s’ils le peuvent. Et/ou conduire des recherches chez nous, dans nos laboratoires, que l’on pense devoir ou pouvoir contribuer aux besoins locaux. On y perd et notre originalité et notre efficacité, l’expérience du terrain étant irremplaçable. Et le travail « pour le Sud chez nous » ce n’est certainement pas une alternative durable, tant les chercheurs sont dépendants d’un système d’évaluation uniformisant. La recherche française qui combat la pauvreté est très sérieusement menacée.
Je ne dis pas cela parce que je suis un quinquagénaire nostalgique et conservateur. Bien au contraire, je crois que nous devons innover, constamment, en matière de partenariats, parce que nos partenaires évoluent, Dieu merci, et que leurs besoins évoluent avec eux. Et quelquefois très vite. Il suffit de regarder l’évolution de la recherche au cours des 20 dernières années, en Inde, en Chine ou au Brésil par exemple. Les indiens sont toujours ravis de pouvoir venir en France, pour se former ou pour compléter leur formation, ou pour collaborer avec une de nos équipes dans le cadre d’un projet de recherche d’intérêt partagé. Mais aujourd’hui il y a aussi de plus en plus de français qui vont se former ou compléter leur formation en Inde ! Les relations doivent évoluer et les modes opératoires doivent se diversifier. En même temps il faut se garder – la tentation est grande – de contribuer à creuser le fossé entre les pays pauvres et les pays émergents en ne travaillant qu’avec ces derniers. Si les enjeux de demain, comme l’eau, l’énergie, les changements climatiques, les maladies émergentes, etc. sont des enjeux mondiaux, planétaires, ceux qui en souffriront le plus seront les pays les plus pauvres, et nos efforts doivent porter sur ces pays-là. Notre contribution ne sera réelle et positive que si nous allons sur le terrain, peut-être pas pour y passer 10 ou 15 ans comme le faisaient les chercheurs d’autrefois (je suis dans cet autrefois), mais assez longtemps ou assez souvent pour construire des partenariats de qualité sur la durée. Des partenariats qui apportent des solutions durables.
Je l’ai déjà dit, mais je vais le répéter encore. La recherche qui combat la pauvreté, c’est une nécessité, un devoir absolu. Nous avons nos organismes de recherche dédiés, l’IRD et le Cirad. Il ne faut pas permettre qu’ils dévient de leur mission. Il faut que leurs outils, leurs modes opératoires évoluent. Il faut qu’ils participent davantage des efforts collectifs au lieu de favoriser les actions bilatérales déconnectées des efforts des autres intervenants, européens, américains, japonais, etc. Mais il faut surtout qu’ils continuent, qu’ils fassent plus et mieux. Pas chacun de leur côté. Ensemble, et avec les autres. Les petites et grandes boites du Cirad, à côté de cela, c’est un peu secondaire, non ?
15:45 Publié dans Réactions | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note


Commentaires
Deux nuances :
-Il n’est pas anormal qu’une institution, de recherche notamment, s’interroge de temps à autre sur sa structure interne, qui conditionne sa perception par ses tutelles, et donc sa survie, et qui influe aussi sur sa relation au monde extérieur. Le Cirad le fait, l’Ird l’a fait, les centres du CGIAR aussi…, de temps à autre. Mais il serait évidemment préférable que de “temps” à "autre”, s’écoule un certain temps et même un temps certain…et que ces processus de restructuration n'absorbent pas toute l’énergie des équipes.
-L’évaluation uniformisante: oui elle tend à l’être. Mais ce n’est tout de même pas le bagne. D’abord les comités d’experts ou les commissions d’évaluation ne sont pas remplies d’agents du Comité de salut public coupant toutes les têtes qui dépassent. On y trouve des gens ouverts (et on peut même, accessoirement, essayer de s’y glisser, dans ces comités et commissions). Certes, le critère du nombre de publications est devenu primordial et on sait qu’il est des sujets plus faciles que d’autres pour publier ou obtenir des financements. Mais on peut quand même rappeler que les chercheurs français seniors sont souvent fonctionnaires ou ont des CDI, et qu’ils ne risquent pas grand-chose à titre personnel si leur productivité scientifique n’est pas au top parce qu’ils sont sur des thèmes moins high-tech ou plus risqués que d’autres. Que risquent-ils vraiment: un petit mot aigre-doux de leur commission d’évaluation? un avancement retardé et donc une fiche de paie un peu moins grasse? Soyons sérieux: si nous n’avons pas le courage, dans ces conditions dorées, de défendre ce à quoi nous croyons, c’est vraiment à désespérer. Il nous faut simplement (si j'ose dire) pratiquer, inventer au besoin, une recherche à la fois responsable et académiquement irréprochable. Je crains l'autocensure davantage que la censure elle-même.
Je sais que cet optimisme a ses limites. Des équipes, des individus, sont certainement passés par des moments difficiles.
Et surtout, les budgets, le nombre de recrutements sont de puissants leviers sur l'avenir d'un institut ou d'une discipline... et ne dépendent pas de nos comportements individuels...
Ecrit par : Jean-Louis | vendredi, 01 septembre 2006
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