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mercredi, 02 août 2006
Amazonie : le mythe continue
L’Amazonie attire toutes sortes d’aventuriers. Des aventuriers de l’exploitation, minière, forestière ou agricole. Des aventuriers de la recherche, botanistes, écologues, de sciences humaines et sociales, etc. Un brésilien me disait un jour « je crois que dans l’Amazonie aujourd’hui il y a plus de chercheurs que d’indiens ». J'ai pas compté.
Il y a une vingtaine d’années, nous descendions l’Amazone, ma femme et moi, avec un couple d’amis et notre fils aîné, alors âgé d’un an. Sur le même bateau voyageait une famille descendant d’émigrés italiens. Quatre générations, une trentaine de personnes, de la mama ne parlant qu’italien au bébé dans son hamac. Ils avaient mis toutes leurs économies en commun, vendus tous leurs biens pour acheter un terrain dans un coin – forcément perdu – de la forêt amazonienne. Ils partaient s’installer sur leurs nouvelles terres, pleins d’espoir. Un long voyage depuis le sud du Brésil. Sur le même bateau, un autre personnage, chercheur d’or. Et doré de la tête au pieds, ou plutôt de ses dents jusqu’aux chaînes et bijoux en tous genres qu’il portait sur lui.
Vous avez sans doute lu d’autres histoires sur cette folle attraction et les projets pharaoniques et sans suite de quelques milliardaires américains ou des gouvernements militaires qui se sont succédés dans le pays jusqu’à il y a 20 ans.
Pour les paysans, les sols de la forêt n’étaient pas aussi riches que la végétation exubérante le laissait supposer. Ou plutôt, ils se sont vite épuisés après quelques années de culture continue ou de surpâturage. Et ce sont des millions et des millions d’hectares dégradés, largement impropres à la culture qui parsèment aujourd’hui le paysage, avec des familles rurales qui ont rêvé de richesse et se sont réveillées pauvres, et très souvent plus pauvres qu’au premier jour, obligées de rester sur place.
Le Brésil est un grand pays, dans tous les sens du terme. Il est devenu une super puissance agricole, qui fait peur aux Etats-Unis comme aux européens. Pensez… ils produisent à des prix très compétitifs malgré une absence de subventions agricoles ! (et personne là-bas ne se préoccupe plus de savoir si le soja est OGM ou non - voir ma note d'hier) Pendant longtemps, formation et recherche ont été entièrement dirigées vers ce développement d’une agriculture moderne et de l’agro-industrie allant avec. Les pionniers de l’Amazonie ou des savanes frontalières se débrouillaient comme ils pouvaient. Mais comme le Brésil est un grand pays et qu’il a fait ce qu’il fallait pour se développer vite, il peut aujourd’hui se préoccuper davantage des laissés pour compte que ne peuvent le faire beaucoup d’autres gouvernements sans moyens. Et la réhabilitation des zones dégradées, pour faire sortir les populations concernées de leur misère, est une des priorités du gouvernement Lula. Et donc de la recherche.
La recherche agronomique brésilienne a déjà démontré qu’elle ne manquait pas de savoir faire dans ce domaine. Le développement des savanes au cours des 20 dernières années en est l’éclatante démonstration. Dans les années 1970, ces savanes ne servaient qu’à l’élevage très extensif : cinq hectares pour une vache. Un fourrage africain – quelques graines d’une espèce - a été introduit par un émigré australien. En 15 ans, plus de 40 millions d’hectares ont été plantés avec cette herbe, un Brachiaria, constituant ainsi la plus grande monoculture mondiale. Mais les charges animales sont montées, jusqu’à près d’une vache pour un hectare. Tout le monde criait déjà au miracle, parce que ces terres étaient acides et réputées très peu fertiles. Mais on était loin encore de la révolution qui a suivi. L’acidité ? On peut la corriger, et l’investissement vaut la peine si derrière on plante quelque chose qui est en forte demande, comme le soja. Et peu à peu les savanes brésiliennes – que les brésiliens appellent les cerrados - ont été mises en culture, ou plus exactement en rotations culture-élevage. Les cultures se sont diversifiées, et leur fertilisation a permis que s’installent des plantes fourragères beaucoup plus performantes que les premiers Brachiaria. Les charges animales sont montées, 2, puis 3 vaches à l’hectare. Les cerrados produisent aujourd’hui 2/3 du coton brésilien, 60% du soja, la moitié de la production de viande nationale, un tiers du riz, du maïs ou du café. Et le potentiel existe pour doubler toutes ces productions puisque des 200 millions d’hectares de cerrados, un peu plus de la moitié seulement ont été mis en culture.
Réhabiliter les terres dégradées est devenu une priorité nationale et régionale. Les pays voisins du Brésil, dans l’immense bassin amazonien, se sont récemment associés pour travailler ensemble à la recherche de solutions. Les pistes principales viendront de l’adoption de bonnes pratiques agro-écologiques. Elles viendront aussi du bon usage de la biodiversité. Le bassin amazonien est en particulier le centre d’origine de très nombreuses légumineuses, qui ont la capacité d’absorber et de transformer l’azote de l’air et donc de fertiliser les sols si elles sont bien utilisées. Certaines d’entre elles ont déjà été identifiées, notamment par les chercheurs du CIAT et l’Embrapa (institut national de recherche agronomique brésilien), qui permettent d’améliorer la productivité des vieux pâturages dégradés à moindre frais. Mais d’autres solutions suivront très vite, comme de nouvelles rotations culture-élevage diversifiées, qui rendront l’espoir aux populations locales et en même temps freineront les ardeurs de ceux qui continuent de croire au mythe et continuent de défricher la forêt.
12:00 Publié dans Mes histoires | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


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