« 2006-04 | Page d'accueil | 2006-08 »

lundi, 31 juillet 2006

Réunion africaine sur les biotechnologies pour l’Afrique

Pendant que chez nous c’est la rue, faute de décision et d’autorité gouvernementales, qui se prononce sur l’usage que nous ferons ou non des biotechnologies dans notre agriculture demain, les africains se réunissent au plus haut niveau, sous l’égide de l’Union Africaine et du NEPAD (le nouveau partenariat pour le développement en Afrique), pour discuter de ce qu’ils veulent faire, souverainement (réunion de Nairobi, 25-28 juillet). Le rapport sorti de cette réunion technique sera soumis à la réunion des chefs d’Etat qui aura lieu en janvier prochain. D’ici là tout le monde est invité à le discuter et le commenter.

Le rapport considère les voies par lesquelles le continent peut se doter de sa propre capacité à utiliser les biotechnologies comme outils pour la santé, l’agriculture et l’industrie. Il encourage les pays africains à collaborer entre eux dans les recherches sur les biotechnologies.

Le co-président de la réunion, Calestous Juma de l’université de Harvard, aux Etats-Unis, a souligné que ceux qui affirment aujourd’hui que l’on force l’Afrique à adopter les biotechnologies ne connaissent pas grand’ chose aux réalités africaines et surtout ne considèrent QUE les OGM. Il a rappelé que les biotechnologies, c’est aussi beaucoup d’autres choses et que d’excellentes recherches, sur différentes biotechnologies, sont déjà en cours, notamment en Egypte, au Kenya ou en Afrique du Sud.

Tewolde Egziabher, directeur général de l’Autorité Ethiopienne pour la Protection de l’Environnement, a exprimé un avis plus contrasté, se focalisant sur les questions de biosécurité. Il considère que certains pays (pour ne pas nommer les Etats-Unis) essaient bien en effet d’imposer les OGM à des pays qui n’ont pas encore le cadre règlementaire ni les lois en place susceptibles de contrôler les possibles effets adverses de ces produits, en violation du protocole de Carthagène, instrument international qui vise à protéger la biodiversité des possibles effets négatifs des OGM.

Juma est clairement moins préoccupé par ces questions de biosécurité. Il a affirme: "Pour ce qui me concerne, les produits modifiés génétiquement sont aussi sûrs que les autres, et TOUS présentent des risques ". Chez nous on ne parle toujours que des premiers. Beaucoup trop. Et surtout sans jamais apporter la moindre preuve scientifique du risque annoncé. Cela durera encore combien de temps?

(traduction libre d’une nouvelle du réseau SciDev.Net)

jeudi, 27 juillet 2006

Energie : l’exemple du Brésil, un exemple pour les autres ?

Quand je circulais au Brésil, dans les années 80, il m’arrivait souvent de me trouver bloqué à un feu, derrière une voiture sentant bon les vapeurs d’alcool. Entre les voitures marchant à l’alcool et celles marchant à l’essence mélangée d’alcool, le Brésil a depuis longtemps expérimenté dans le domaine des bioénergies. Invité la semaine passée à une conférence sur la transformation de l’agriculture tropicale , j’ai entendu un ancien ministre rappeler que la première voiture à alcool brésilienne a été expérimentée… en 1925.

Le Brésil peut se permettre toute sorte d’expériences en matière d’énergies nouvelles. Le pays a l’espace disponible, le savoir-faire – ils sont très en avance sur nous dans ce secteur - et même le temps. Depuis cette année, le Brésil est en effet autosuffisant en pétrole. Le Brésil est un exemple, mais aussi une exception. Toutes les conditions favorables qui sont réunies dans ce pays se rencontrent rarement ailleurs; les solutions brésiliennes ne sont donc pas nécessairement des solutions exportables dans d’autres pays du Sud.

La question de l’énergie pour demain se pose partout. Nous savons déjà que les réserves de pétrole ne dureront plus longtemps (40 ans peut-être) et que cela se traduira, bien avant d’arriver à l’épuisement de ces réserves, par des augmentations de tarifs de plus en plus inacceptables, à commencer pour les pays pauvres. De quelles alternatives disposeront-ils ? Combien, parmi les pays du Sud, conduisent des recherches sur les énergies nouvelles ? Même au Nord, les moyens semblent bien insuffisants, quand bien même le prix du pétrole pousse les politiques à investir chaque jour davantage.

Le réseau SciDev.Net vient de publier un article sur le nucléaire au Sud. Doit-on, peut-on notamment, envisager de construire des centrales nucléaires dans tous les pays africains ? Si tout le monde se préoccupe de l’énergie pour demain, le monde se préoccupe tout autant d’un accès universel à des technologies à risques. Mais de quelles alternatives disposent les pays les plus pauvres, comme en Afrique sub-saharienne ?

Le Brésil dispose de 204 millions d’hectares de savanes – les cerrados – avec un potentiel agricole dans ces zones qui lui permettrait, s’il en était besoin, de doubler les principales productions agricoles nationales. Mais que dire de ces pays où l’alimentation et la nutrition restent les premières priorités ? On ne peut y suggérer que la canne à sucre soit exploitée en lieu et place des cultures alimentaires. Le solaire ? L’éolien ? C’est une vraie question de développement, une question urgente, qu’on élude.