« L'éthanol, désormais compétitif avec le pétrole | Page d'accueil | Le fonio »
dimanche, 16 avril 2006
Une voix du Sud
Pour garder leur autonomie et s'adapter aux besoins locaux, les recherches agricoles nationales du Sud doivent pouvoir compter sur la volonté politique et le dynamisme des chercheurs. Ce n'est pas le cas aujourd'hui. Le Malgache François Rasolo appelle à un sursaut (Spore, numéro d’avril 2006)
Extraits :
Malgré les grandes déclarations, la recherche [agricole] n'est que rarement une priorité pour les gouvernements [du Sud].
Les initiatives en faveur de la recherche viennent donc essentiellement du Nord et non des pays [du Sud] eux-mêmes.
Les chercheurs ont eux aussi leur responsabilité : la plupart manquent de dynamisme. Souvent très conventionnels … Ils ne prennent pas en compte la mondialisation, donnée désormais incontournable, qui demande des changements fondamentaux dans les options de recherche.
À Madagascar, faut-il s'acharner à faire produire partout par les paysans du riz pour nourrir les gens uniquement au nom de la fameuse autosuffisance alimentaire bien que ce ne soit pas toujours rentable pour eux ? Réfléchissons ! Ne vaudrait-il pas mieux produire des riz de niche à exporter à bon prix en Europe et dans le Marché commun d’Afrique orientale et australe (COMESA) et importer du riz bon marché du Vietnam ou de Thaïlande pour la consommation ? Les biocarburants sont en train de devenir un marché, il faudrait anticiper.
Les chercheurs hésitent à sortir des sentiers battus. C'est plus sécurisant de travailler sur ce qu'ils connaissent. D'autant que la population des chercheurs vieillit. À Madagascar, un tiers d'entre eux ont plus de 50 ans, 10 % ont dépassé l'âge de la retraite.
L'absence de soutien des gouvernements et le manque d'audace des chercheurs ont de graves conséquences pour l'indépendance des systèmes de recherche nationaux. Quand, à Madagascar, les Américains – le Millenium Challenge Account – mettent 100 millions de dollars sur la table pour financer des projets de développement agricole, incluant des recherches appliquées très ciblées sur certaines filières, c'est qu'ils y ont des intérêts. Et là, les chercheurs sont bien obligés de réorienter leurs programmes en fonction de leurs souhaits.
Si on ne veut pas en arriver à ce que nos recherches nationales n'aient plus aucune autonomie, il faut une véritable volonté politique. À commencer par une déclaration de principe de nos gouvernements affirmant que ces recherches sont indispensables. Nous avons besoin qu'ils disent où ils veulent aller, ce qu'ils veulent faire et peuvent faire pour la recherche en cohérence avec les plans de développement agricole.
Il va sans dire que j'approuve totalement le constat et le combat de François Rasolo. Quoi qu'on dise sur ce qu'il faut faire ou ne pas faire, tout commence ou tout s'arrête chez les responsables politiques. Il faut inlassablement leur répéter - et c'est vrai qu'ils soient du Nord ou du Sud - qu'il n'y a pas de développement économique sans une bonne recherche nationale. Au Sud, la priorité économique, c'est un développement agricole intelligent, comme évoqué par monsieur Rasolo. Ce développement ne se fera pas s'il ne peut s'appuyer que sur des recherches pilotées par les intérêts économique du Nord. Aider des responsables scientifiques comme monsieur Rasolo dans leur combat fait partie du devoir des chercheurs solidaires du Nord.
09:57 Publié dans Les news "Science" que j'ai notées pour vous | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


Ecrire un commentaire