« ECRIVEZ A JACQUES CHIRAC ! | Page d'accueil | Une voix du Sud »

vendredi, 14 avril 2006

L'éthanol, désormais compétitif avec le pétrole

Selon un article publié sur le site du Figaro, et qui concerne le salon bio qui s’est tenu cette semaine à Chicago, l'an passé 14% de la production américaine de maïs ont servi à fabriquer de l'éthanol, soit 3% de la consommation nationale d'essence automobile à un prix désormais compétitif avec le pétrole. L'Energy Policy Act de 2005 appelle à doubler ce pourcentage d'ici à 2012. Mais les producteurs de maïs et les industriels de la biotechnologie sont décidés à faire mieux en atteignant 10% des besoins dès 2015. Voire. Ou « voir » avec la petit lunette très déformée des intérêts agricoles nord-américains …

Selon les canadiens (Quebec), il est largement préférable de favoriser des plantes qui ont un haut rendement comme le maïs, mais qui sont moins capricieuses. Le maïs requiert des apports en engrais chimiques et en pesticides proportionnels pour garantir ce rendement. Ceci entraîne une dégradation des terres agricoles et du milieu environnant dans le contexte d’une production intensive. Il existe plusieurs espèces de graminées qui disposent du même système de photosynthèse en C4 que le maïs, mais qui requièrent très peu de ses petits soins. Une graminée pérenne qui a un haut potentiel pour la production de biomasse densifié aux fins de combustion est le Panic érigé (Panicum virgatum). Cette plante représente une production nette d’énergie par hectare 50% plus importante que le maïs-grain puisqu’elle capte plus d’énergie solaire que le grain de mais et ne nécessite que peu d’applications d’engrais chimiques et de pesticides. Lors de la compaction de la matière végétale pour des fins de combustion, seulement 5% de l’énergie de la plante se perd et la consommation d’énergie fossile du processus est réduite par trois quarts. Ce qui a comme résultat de produire 14 unités d’énergie par 1 unité d’énergie fossile investie. Donc, il est pour le moins dire limitant d’orienter une grande quantité de fonds pour le développement des bioénergies dans le seul secteur de l’éthanol à partir du maïs-grain.

En comparaison, et d’après une analyse récente par le Dr Pimentel de l’Université Cornell la production d’éthanol à partir de maïs-grain présente en effet un bilan énergétique négatif et consomme 29% plus d’énergie sous forme de carburants fossiles qu’il en produit. Même les analystes plus optimistes estiment un rendement d’à peine 1.2 unité d’énergie d’éthanol par 1 unité d’énergie fossile investie.

Le Panicum virgatum donc? Voire. Il s’agit là encore d’une plante nord-américaine. De la même famille, et même du même genre, une autre espèce a fait l’objet de mes soins attentifs pendant 15 ans. C’est le Panicum maximum qui, comme son nom l’indique, n’est pas plus petit ni moins productif que le précédant. Bien sûr pour les américains, il a le grand tort d’être une plante africaine, tropicale, qui ne résiste pas aux hivers des zones tempérées. C’est encore une plante qui dispose du même système de photosynthèse en C4 que le maïs, ce qui lui donne cette capacité à produire une grande biomasse, pourvu que les conditions environnementales ne soient pas trop défavorables.

L’institut de recherche agronomique brésilien où j’ai travaillé a déjà lancé trois variétés à partir des ressources génétiques de l’IRD (ORSTOM à l’époque) que j’avais introduites là-bas en 1982. Si le Panicum virgatum américain peut produire jusqu’à 9t de matière sèche à l’hectare par an aux Etats-Unis, en conditions très favorables, les trois variétés de Panicum maximum lancées par L’Embrapa produisent respectivement 25, 26 et 33 tonnes/ha/an sous les tropiques. Le potentiel énergétique de ces productions est donc considérable. Et ces plantes sont originaires d’Afrique de l’est… voilà qui devrait inspirer quelques idées à ceux qui sont des importateurs nets de pétrole, quand les cours viennent de dépasser les 70 dollars le baril !

Ecrire un commentaire