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mercredi, 12 avril 2006
La recherche pour le développement et son contenu
Je viens de lire, sans surprise, dans la lettre interne mensuelle de mon institut, l’IRD, que le nouveau contrat d’objectifs 2006-2009 de l’institut décline des priorités liées aux « enjeux majeurs de développement et répondant aux grandes orientations de la politique française d’aide au développement, [à savoir] : Politiques publiques de lutte contre la pauvreté et pour le développement – Migrations internationales – Maladies infectieuses et émergentes – Changement climatique et aléas naturels – Ressources en eau et accès à l’eau – Ecosystèmes et ressources naturelles », avec un investissement amplifié en Afrique.
Sans surprise… parce que le texte, bien sûr, évite soigneusement d’utiliser les mots agriculture ou agricole – pour des raisons transparentes et strictement franco-françaises* – ceci quand bien même le développement agricole reste la toute première priorité des pays les plus pauvres qui sont à l’évidence, d’abord, et comme nos pays l’ont été dans le passé, dépendant de leur secteur agricole pour leur développement économique futur (voir annexe ci-dessous).
Pour mémoire, les secteurs d’activités classés comme prioritaires par les pays africains eux-mêmes, réunis au sein du NEPAD, le nouveau partenariat pour le développement en Afrique, sont les suivant :
• L'entrée en vigueur du Mécanisme Africain d'Evaluation des Pairs (MAEP) ;
• Faciliter et soutenir l'exécution des programmes régionaux d'infrastructure de court terme, comprenant les Transports, l'Energie, les TCI, l'Eau et l'Assainissement ;
• Faciliter l'exécution du programme de développement agricole et de la sécurité alimentaire dans toutes les sous régions ;
• Faciliter l'adoption d'une position africaine coordonnée sur l'accès aux marchés, la réduction de la dette et les réformes de l'APD ;
• Surveiller et intervenir, en cas de nécessité, afin que les Objectifs de Développements du Millénaire dans les domaines de la santé et de l'éducation soient respectés.
J’entends souvent que la part « agricole » des recherches de l’IRD est minime, ce qui justifie de ne point mettre ce secteur en avant. La communauté internationale définit aujourd’hui la recherche agricole d’une façon beaucoup plus large que nous ne le faisons chez nous, embrassant la biodiversité, l’environnement et leurs interface avec la santé, la forêt ou la pêche, et bien sûr les sociétés qui cherchent à en vivre. Pour la recherche agricole internationale, c’est environ 80% des unités de l’IRD qui présentent un intérêt collaboratif.
Je me préoccupe aujourd’hui de notre faible présence dans les grands programmes internationaux liés, peu ou prou, à cette recherche agricole. Notre politique nationale d’aide, comme notre recherche pour le développement, restent presque exclusivement concentrées sur des actions bilatérales, quand l’Afrique prend conscience du besoin de mettre ses forces en commun, aux niveaux régional et sous régional, pour tenter de répondre aux défis de son développement. La recherche n’échappe pas à cette régionalisation, et les organisations sous régionales de la recherche africaine reçoivent déjà le soutien de la Commission européenne.
Notre recherche pour le développement ne peut se faire autrement qu’en partenariat. Si nous sommes écartelés, entre une recherche européenne qui ne peut être qu’excellente et un développement qui oublie ce que peut apporter la recherche, il nous faut faire la preuve qu’une recherche excellente peut aussi être pertinente et très visible parce qu’elle participe aux grandes actions collectives internationales dont l’impact sur la pauvreté et le développement est reconnu. Il faut redonner une ambition internationale, avec des incitations appropriées, aux chercheurs de l’IRD qui disparaissent de plus en plus dans un paysage strictement hexagonal en perdant leurs spécificités. Et il faut donner à l’IRD une ambition de grand partenaire de la recherche multilatérale internationale. Ses chercheurs en ont très largement les moyens. Et les partenaires internationaux n’attendent pas autre chose de la France.
*(a) l’INRA est en train de devenir, lentement mais sûrement, le seul propriétaire de la recherche agricole française, hexagonale ou internationale et (b) pour le ministère de la recherche, la recherche pour le développement n’existe pas.
Annexe : Le développement des pays les plus pauvres est d’abord agricole (Source : FAO)
La part agricole, en % du PIB par habitant, est inversement corrélée au niveau du PIB lui-même et donc à l’état de développement des pays du Sud (tableau ci-dessous). L’importance de l’agriculture et de la priorité au développement agricole a été soulignée par le NEPAD.

08:22 Publié dans Réactions | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note


Commentaires
Les démarches pertinentes pour le développement agricole en Afrique font cruellement défaut ! L'absence de résultat satisfaisant en témoigne.
Les techniciens, ingénieurs et chercheurs dans le domaine de l’agriculture et du développement agricole disposent des connaissances techniques indispensables pour réaliser des productions agricoles suffisantes dans la plupart des contextes physiques (ressources naturelles). Cependant, les itinéraires techniques qui permettraient de valoriser ces compétences sont bien souvent en décalages avec les contextes socioéconomiques de la grande majorité des opérateurs finaux : les producteurs. D’une part les savoir-faire requis par ces itinéraires sont très difficilement accessibles aux producteurs et d’autre part les investissement qu’ils impliquent ne peuvent être envisagés à grande échelle.
En revanche, l’histoire nous montre que dans de nombreux contextes du monde entier le développement de l’agriculture s’est bâti comme un itinéraire de développement présentant des étapes successives déterminantes dans la mobilisation des ressources en force de travail, en eau et en énergie. En outre, ces itinéraires se sont inscrits dans une démarche de renforcement des savoir-faire et des capacités d’investissement des agriculteurs. Parmi les étapes importantes de ces itinéraires de développement de l’agriculture on peut citer : la conception et la mise en œuvre d’outils manuels efficaces et adaptés au différentes taches, la maîtrise de la traction animale pour les travaux agricoles et pour le prélèvement de l’eau d’irrigation, la mécanisation utilisant des ressources énergétiques fossiles. Parallèlement, des variétés plus performantes et plus exigeantes ont été développées et les méthodes de luttes contre les maladies et les ravageurs ont été renforcées.
Après ces constats bien connus, et en se replaçant dans le cadre des objectifs de développement reconnus à l’échelle internationale, ne serait il pas indispensable pour les instituts de recherche de reformuler les questions sous-jacentes à la nécessaire réduction de la pauvreté ?
Comment considérer la production locale vis-à-vis des potentialités et des faiblesses du commerce international en termes d’approvisionnement alimentaire des populations économiquement faibles ?
Quels sont les flux qu’implique l’agriculture ?
Quelles sont les étapes de la mobilisation efficiente de ces flux ?
Quelles sont les échelles de l’action et quels moyens humains peuvent être mobilisés à chacune de ces échelles ?
Sur quelle base construire des états des lieux et des recommandations pour parvenir à une réalisation effective de progrès en terme de production et d’amélioration de la disponibilité alimentaire ?
La définition des modalités de mise en œuvre d’actions pertinentes et reproductibles doit elle être considérée comme une mission de la recherche en développement ? Si oui, quelle place y occupent les chercheurs ?
Ce sont autant de questions en vrac qui sont fortement liées aux orientations épistémologiques que prennent les chercheurs. Il en découle que c’est le niveau d’implication des chercheurs en tant qu’acteurs qui est en cause.
Ecrit par : GOOSSENS | jeudi, 29 juin 2006
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