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dimanche, 12 mars 2006

Le lait des enfants du Sud

Quand je travaillais au Brésil, dans les années 80, je pestais contre le décalage observé entre des recherches animales sophistiquées – en reproduction comme en santé animale notamment – et les recherches sur l’alimentation animale, encore à l’âge de pierre. Et ceci dans un pays qui est un des très rares à avoir un programme de recherche significatif sur les plantes fourragères.

medium_stevemannilri_1.jpgCette semaine, j’ai lu un article publié sur le site du « New Agriculturist online », qui concernait l’alimentation animale en Inde. Densité de population oblige, les bovins doivent avaler 40% de résidus agricoles de mauvaise qualité et 60% on-ne-dit-pas-de-quoi, mais sans doute des « fourrages » de mauvaise qualité aussi, à savoir les plantes qui poussent sur les bords de route et les terrains vagues. L’article souligne en effet que dans un pays où le secteur privé semencier s’est bien développé par ailleurs, il n’y a pas de semences fourragères disponibles.

Pour faire court, je dirai que presque personne ne travaille sérieusement sur cette question de l’alimentation animale, quand bien même tout le monde répète et répète encore que la demande pour les produits animaux, lait et viande, explose partout. C’est un vrai paradoxe. Et une absurdité, parce que, comme pour les autres plante cultivées, il existe dans la nature une diversité disponible tout à fait extraordinaire, et qu’il suffit donc (a) de la rassembler (b) de l’étudier un peu, comparant les avantages des unes et des autres (plantes) (c) de multiplier les meilleures par voie de graines et (d) de les donner à quelques agriculteurs-entrepreneurs pour qu’ils créent le marché. Le CIAT a récemment fait la démonstration en Asie du Sud-Est que c’était une voie qui pouvait très bien fonctionner, même en zone à forte densité (donc sans trop de place pour les pâturages). Le même institut a également montré que les légumineuses fourragères d’Amérique latine pouvaient remplir plusieurs rôles utiles à la ferme, comme aliment pour le bétail, mais aussi comme élément améliorant la structure et la fertilité des sols, du fait de leur capacité à fixer l’azote de l’air (via des bactéries symbiotes).

Bref, je montre seulement, par cet exemple, qu’il y a des pans entiers de recherche qui ne se font pas (ou si peu…). Et ici encore, les recherches du Nord qu’on veut nous vendre comme « répondant aux besoins de tous » ne répondent en rien aux besoins des productions animales des petits agriculteurs du Sud. Il y faut des recherches spécifiques. En leur absence, les vaches indiennes continueront de manger des résidus agricoles de mauvaise qualité qui ne leur permettent que de produire une quantité dérisoire de lait chaque jour.

Et ici encore, les victimes sont les enfants.

Photo: Steve Mann (ILRI) - vaches mangeant des résidus de culture de sorgho, près de Hyderabad (Inde)

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