« Bové et la démocratie américaine | Page d'accueil | Colonisation : les politiques de la honte »

vendredi, 10 février 2006

OGM : on peut fortement diminuer les risques environnementaux

Un des risques possibles avec les OGM concerne la diffusion, via leur pollen, des gènes qu’on leur a transférés vers les plantes sauvages apparentées environnantes. On a ainsi évoqué la possibilité de créer des super-plantes sauvages envahissantes et dont on ne pourrait plus se débarrasser parce qu’elles auraient acquis une résistance aux herbicides. Bon, il faut d’abord admettre que le pollen de l’OGM puisse féconder la plante sauvage (c’est possible*), que le gène en question s’exprime chez elle (c’est très vraisemblable) et qu’on l’arrose de l’herbicide en question (c’est peu probable si elle reste dans son milieu sauvage). En bref, le risque existe, et aucun scientifique sérieux ne le minimise. Sauf qu’il ne faut quand même pas venir nous raconter que le pollen du maïs OGM risque d’affecter le champ de fraises d’à côté. Cela, on en est sûr à 300%, c’est totalement impossible.

Puisqu’il y a un risque, qu’est-ce qu’on fait? Les intégristes disent: on ne cultivent pas d’OGM. Et tant pis pour les agriculteurs si leurs concurrents en produisent. Les chercheurs disent : SI des avantages avérés sont apportés aux agriculteurs (plus faible coût de revient), peut-on minimiser, voire faire disparaître ce risque ?

Deux chercheurs de l’institut Weizmann, en Israël, viennent de publier un article qui passe en revue les actions possibles pour minimiser les risques. Une voie très prometteuse consiste à diminuer l’aptitude à la compétition des plantes sauvages hybrides qui seraient issues de la fécondation de la plante sauvage par le pollen de l’OGM. Pour cela on associe au gène d’intérêt – par exemple le gène conférant la résistance à l’herbicide – des gènes défavorables pour la vie dans le monde sauvage, et qui ne s’expriment pas chez la plante OGM cultivée : gènes conférant le nanisme, supprimant la dormance des graines (elles germent tout de suite au lieu d’attendre la fin de l’hiver), ou fixant les graines à l’épi (les plantes sauvages ont des graines qui tombent, au contraire des céréales, assurant ainsi leur multiplication). Les chercheurs mentionnent l’exemple d’un colza OGM dans lequel on a attaché un gène de nanisme au gène d’intérêt : les plantes sauvages issues de la fécondation par le pollen de l’OGM avaient toutes une croissance anormale au point que la plupart étaient totalement stériles. Les quelques descendants obtenus malgré tout se sont avérés incapables de survivre à la compétition avec les plantes non affectées par le pollen OGM.

La morale de l’histoire : il faut tirer la sonnette d’alarme quand il y a un risque (c’est fait, très bien) puis laisser les chercheurs chercher la solution (c’est ce qu’en France on ne fait pas).

Puisque le sujet des OGM occupe une place énorme (disproportionnée ?) dans nos médias… l’article du Monde d’hier et intitulé « nouveaux soupçons… » ne m’a pas échappé, qui revient sur les risques potentiels liés à la santé. Trois commentaires à ce sujet : (1) il y a un risque dans toute nouvelle variété, qu’elle soit OGM ou non, et donc des tests devraient être faits dans tous les cas; (2) si les « expertises » commanditées par Monsanto ne sont guère crédibles, celles commanditées par Greenpeace auprès d’un scientifique connu pour son opposition aux OGM (Seralini) ne le sont pas davantage - en tous cas ni vous ni moi ne « risquons » d’y voir plus clair après cela; et (3) pourquoi cet article des australiens sur la santé est-il mentionné partout alors que j'ai eu bien du mal à trouver celui sur la diminution des risques environnementaux? Deux poids, deux mesures, encore une fois?

- - - - - - -
* c’est un souci surtout dans les zones de forte diversité naturelle, qui sont pour la plupart dans les pays du Sud. Par exemple : un maïs transgénique planté au Mexique pourrait polliniser les variétés paysannes traditionnelles, mais aussi les espèces apparentées sauvages (téosinte et Tripsacum).

Ecrire un commentaire