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mardi, 31 janvier 2006

Recherche et prise de décision

Deux études conduites dans la forêt amazonienne, et qui viennent tout juste d'être rendues publiques, suggèrent l’existence d’une relation entre la déforestation et un risque accru d’attraper le paludisme. Chaque fois qu’un morceau de forêt est défriché pour installer de nouveaux colons, on crée des zones d’eaux dormantes dans lesquelles les moustiques peuvent déposer leurs œufs. Une fois que l’espace est totalement utilisé, par l’agriculture et/ou un développement urbain, le risque décroît à nouveau. Il faut donc apprendre à gérer les populations de moustiques dans les zones frontières au moment où les gens s’installent.

On a apparemment 300 fois plus de chance de se faire piquer par un moustique dans ces zones nouvellement défrichées qu’en forêt. Ce n’est pas le nombre d’habitants qui fait qu’il y a plus de moustiques, mais bien la gestion de l’environnement au moment où on le modifie comme cela se passe dans les zones frontières entre forêt et agriculture. Rien de bien surprenant ici. Ce qui est nouveau c’est l’alerte ainsi transmise aux autorités pour qu’elles développent des actions de prévention quand et où c’est nécessaire.

Je donne cette exemple pour montrer que si certaines recherches ont des effets directs sur les conditions de vie des ruraux les plus pauvres, et sont appliquées par les utilisateurs eux-mêmes (la lancement d'une nouvelle variété, par exemple), d’autres servent plutôt à aider à la prise de décision par les autorités. Et il est nécessaire de faire une certaine publicité aussi sur ces recherches-là pour que les autorités ne restent pas les bras croisés jusqu’à avoir, dans notre exemple, une recrudescence dramatique de paludisme.
Source : SciDev.Net

dimanche, 29 janvier 2006

L’ANR et la recherche franco-française

Cela fait partie du métier de chercheur partout ailleurs. Cela devient partie du métier de chercheur en France aussi. Il faut écrire des projets de recherche et les soumettre dans des appels à propositions qui sont de vrais concours, arbitrés par des experts, pour obtenir leur financement. Jusqu’ici, en France, il suffisait que le projet soit accepté par les supérieurs hiérarchiques, au sein de l’organisme de recherche. Les organismes eux-mêmes distribuaient les financements à partir d’une enveloppe reçue du ministère. L’enveloppe existe toujours, mais le système compétitif a été ajouté et peu à peu on devrait voir la première diminuer au profit du second, pour se rapprocher des systèmes en place dans les autres pays.

Le groupement d’intérêt public Agence Nationale de la Recherche - GIP ANR – a donc été créé le 7 février 2005 pour être l’agence de financement compétitif des projets de recherche en France. Son objectif est d’accroître le nombre de projets de recherche, venant de toute la communauté scientifique (public et privé confondus), qui sont financés après mise en concurrence et évaluation par les pairs.

Comme en 2005, l’ANR lance donc en 2006 des appels à propositions dans toute une série de domaines de recherche. Dans les domaines qui m’intéressent, l’un d’eux concerne la génomique végétale, et il est lancé en collaboration avec le programme national Génoplante. Les priorités de l’appel 2006 sont au nombre de trois :
• Développement d’outils et de ressources de génomique
• Production de bio-carburants et utilisations non alimentaires des cultures
• Génomique et biologie intégrative en liaison avec les contraintes abiotiques

Scientifiquement, c’est excellent. Il s’agit en effet de trois thèmes reconnus comme prioritaires partout. Politiquement, ça l’est beaucoup moins. Si ce sont des thèmes reconnus comme prioritaires partout, pourquoi doit-on favoriser des projets franco-français sur ces thèmes (seuls les projets nationaux sont financés dans cet appel à propositions), au lieu de favoriser les coopérations européennes et internationales?

Dans une note que j’ai publiée le 24.01 « Recherche et développement: l’Asie dépasse l’Europe et se rapproche des Etats-Unis », je mentionnais le rapport de l’UNESCO sur l’état de la science dans le monde. Le décrochage européen, selon le rapport, se doit pour partie à « la multiplicité des structures de recherche européennes, comparé à ce qu’on voit aux Etats-Unis, et les duplications d’efforts qui en résultent ».

Les trois priorités affichées dans le nouvel appel à propositions ANR-Génoplante sont tout sauf des priorités franco-françaises, et de trop nombreuses initiatives existent sur ces mêmes thèmes ailleurs en Europe et ailleurs dans le monde. Je ne prendrais qu’un exemple : génomique et biologie intégrative en liaison avec les contraintes abiotiques. La sécheresse n’intéresse-t-elle que la France ? C’est là le thème d’un grand programme international dans lequel quelque 80 organismes de recherche collaborent déjà, dont nos INRA, Cirad et IRD français. Construire un appel à propositions associé pour que plus de recherches soient faites avec nos équipes dans ce cadre coordonné, cela ne serait-il pas plus efficace que de faire une chose séparée, purement française, avec une probabilité très élevée de répéter ce qui se fait par ailleurs ?

samedi, 28 janvier 2006

Une nouvelle organisation africaine

A propos de ces pays qui ne savent faire de réforme qu’en rajoutant des nouvelles structures sur la pile de structures existantes au lieu de reformer, de fédérer, de fusionner, voire de fermer, je viens de lire que l’Union Africaine a créé une nouvelle structure scientifique et culturelle continentale la semaine passée, à la mode UNESCO. L’organisation africaine pour l’éducation, la science et la culture (AFESCO, acronyme tiré du nom en anglais) a donc pour grand objectif de renforcer les capacités scientifiques africaines, de promouvoir la coopération internationale et de protéger les cultures africaines.

Pourquoi une structure en plus ? Celles qui existent ne sont pas suffisantes ? Cette nouvelle structure ne doublera pas ce qui se fait déjà par ailleurs ? D’où sortiront ses moyens de fonctionnement ?

Au-delà des bonnes intentions, et de mes meilleurs vœux pour l’AFESCO, je ne peux m’empêcher de penser que la plupart des décideurs africains ont été éduqués dans des pays du Nord comme le notre, qui ne sont pas toujours de bons modèles en matière de structuration. Voir ma note précédente…

AGROPOLIS a 20 ans

La semaine dernière, et plus précisément le 21 janvier, AGROPOLIS fêtait ses 20 ans.

Je n’ai rien vu dans notre journal à ce propos. Ils sont discrets, à AGROPOLIS.

C’est quoi AGROPOLIS ? Une avenue, un de ces nombreux lycées débaptisés, un musée dont on dit continuellement qu’il est au bord de la faillite ?

Retour en arrière.

Dans les années 1970 on a eu droit à une vaguelette de décentralisation, comme la France en connaît périodiquement. Cette fois, un certain nombre d’organismes de recherche, dans le champ de l’agronomie au sens le plus large, devaient être regroupés loin de Paris… à Montpellier. Regrouper un grand nombre de compétences dans un même endroit, c’était franchement une bonne idée (comme quoi, rien n’est désespéré). Mais bien sûr, comme on aurait pu l’imaginer, ce n’est pas parce qu’on met dix ou quinze organismes côte à côte sur une même rue qu’ils vont tout à coup se mettre à travailler ensemble, créer des synergies, bref être plus efficaces. Un homme, à ce moment-là, a pensé qu’il fallait les y aider et créer une petite structure associative chargée de faciliter le dialogue entre tous ces machins et de promouvoir des interactions bénéfiques. Cet homme, Louis Malassis, devint le premier président d’AGROPOLIS, association Loi de 1901, dont pratiquement tous les établissements publics d’enseignement et de recherche de la région sont aujourd’hui membres.

La France est la France, et la devise du français-shadok qui s’applique le plus souvent dans ses grands chantiers, c’est bien connu, c’est « pourquoi faire simple si je peux faire compliqué ». On ajouta donc une structure de plus aux autres structures existantes, sans lui donner les moyens d’assumer son rôle, c'est-à-dire sans réels moyens d’incitation : les gens ne se mettent à travailler ensemble que s’ils y trouvent un avantage, entendez financier, mais AGROPOLIS ne disposait d’aucun fonds d’incitation. AGROPOLIS s’est donc mis à coexister à côté des grandes structures de recherche, petit truc organisant et accueillant quelques conférences, facilitant des rencontres entre chercheurs, faisant la promotion de la recherche montpelliéraine à l’étranger. Positif, mais petit.
Et puis le nom d’AGROPOLIS se transformant peu à peu en label, on s’est mis à appeler « Agropolis » un peu tout, tout autour du campus de Lavalette où était construit le bâtiment d’AGROPOLIS International. Et donc à créer une gentille confusion qui perdure au point que l’accueil de l’association AGROPOLIS international sert de gare de triage pour tous les visiteurs égarés à la recherche d’un « quelque chose AGROPOLIS » qui n’est pas l’association de recherche et formation où ils se trouvent.

Mais comme, en France, la raison finit toujours par prévaloir, même si cela prend souvent plus longtemps qu’ailleurs, on a commencé depuis peu à penser, dans les hautes sphères parisiennes dont nous sommes, petites choses, toujours autant dépendantes malgré les décentralisations évoquées plus haut… bref, on a commencé à penser que ce machin, AGROPOLIS, cela pourrait peut-être devenir l’embryon de quelque chose de plus ambitieux, une réelle coordination de la recherche – dans le domaine agriculture-alimentation-environnement-biodiversité - à l’échelle de la région Languedoc-Roussillon, et pourquoi pas l’un de ces pôles-pilotes évoqués lors des grands débats sur la recherche il y a un peu plus d’un an. Le projet est sur la marmite, qui mijote gentiment aujourd’hui. On peut même penser qu’il est presque prêt à être servi. Je ne suis pas d’un naturel pessimiste et donc je pense que le plat sera excellent. Mais c’est comme au restaurant : il ne faut pas trop aller voir ce qui se passe dans la cuisine. La porte ouverte, on y entend quelques cris. Il y a des gens qui tournent avec une grosse cuillère, dans un sens, et d’autres qui essaient de les pousser pour la tourner dans l’autre sens. Refermons vite la porte de cette cuisine. Tout cela est normal : dans une cuisine, il faut un chef, avec toute l’autorité nécessaire, pas 36, et ce chef, le gouvernement ne l’a pas encore nommé. Cela va s’arranger, cela va s’arranger.

En attendant, quand je me promène à l’étranger, ce que je fais un peu trop souvent d'après mon épouse, je constate que Louis Malassis a déjà réussi au moins l’un de ses paris : AGROPOLIS, c'est déjà le label international de la recherche agronomique française au sens large. Le nom d’AGROPOLIS est connu partout. Peu importe si nos amis étrangers « s’imaginent » des AGROPOLIS quelque peu différents de la réalité. Cette "réalité" est en train de changer, espérons pour le meilleur.

vendredi, 27 janvier 2006

certaines plantes se protègent de la consanguinité

Si vous vous intéressez à la science, pas seulement à la recherche agricole dont je vous rabat les oreilles, et que vous souhaitez des informations dans un langage compréhensible, je vous recommande un excellent site en français : Futura Sciences.

Je vous en parle parce que je viens d’y voir, aujourd’hui, un article sur un sujet que j’ai abordé récemment, celui des pollinisateurs.

Pour illustrer l’importance de la pollinisation, une petite histoire vécue, mais jamais 100% élucidée. En Côte d’Ivoire, dans les années 1970, nous avions déjà repéré une plante, dans notre collection de plantes fourragères, comme un type très prometteur. Originaire de Tanzanie, et entrée dans nos livres sous le numéro T58, cette plante deviendra le cultivar Tanzania-1 lancé par les brésiliens en 1990 (voir ma note « mes bébés »). Mais vers 1977-78, nous n’en étions pas encore là, et pour faire les expérimentations nécessaires avec des animaux, sur des surfaces importantes, il nous fallait produire des semences en quantités suffisantes. Un premier essai, hors station expérimentale, dans une ferme d’état produisant des semences de diverses espèces au nord du pays, nous avait laissé penser que sur une terre de bonne fertilité il serait possible de récolter jusqu’à une tonne de semences de notre T58 à l’hectare. De quoi planter 200 hectares de pâturages.

Apprenant cela, un collègue gestionnaire d’une autre station expérimentale, nous a alors proposé un terrain à lui. « Nous y avons planté du riz, avec des engrais, pendant les cycles précédents. Le terrain est excellent et vous bénéficierez des fertilisations du riz, ou ce qu’il en reste. Bref, votre plante devrait très bien y pousser. Je cherche de nouvelles rentrées d’argent pour faire tourner ma station, on pourrait donc partager les bénéfices. » Chose dite, chose faite. Et la fertilité de la parcelle plantée, plus d’un hectare, se confirme rapidement, les plantes se développant de manière très spectaculaire. La floraison arrive, bien groupée, très intense. Puis l’époque de la récolte. Et là, patatras, les graines sont toutes vides, récolte = zéro. Le collègue responsable de la station est furieux : manque à gagner total, un cycle de culture perdu, sans compter les investissements (préparation du terrain) pour rien, etc. On n’est plus copains du tout…

Que s’est-il passé ? Précisément, je ne sais pas. Mais on peut faire des hypothèses raisonnables. L’espèce en question était « connue pour » être de celles qui acceptent leur propre pollen. On les appelle des plantes « autogames », c'est-à-dire capables de s’autoféconder. Autrement dit, sur le papier, et si cette « autogamie » était réelle, on aurait du récolter les semences attendues. Les plantes ont bien produit du pollen, comme partout ailleurs où nous les avions déjà plantées. Mais partout ailleurs où nous les avions déjà plantées il y avait d’autres clones de la même espèce à côté ou tout près, donc il y avait d’autres sources de pollen que le pollen du T58. L’hypothèse la plus probable est donc que les plantes dites autogames en fait ne l’étaient pas et demandaient, comme le maïs, à être pollinisées par une autre plante, d’un autre clone. La zone où nous venions d’essayer de multiplier notre T58 était une zone malheureusement totalement vide d’autres plantes de la même espèce. Dans ce cas-là, le problème n’était pas un problème de pollinisateurs, ce type de pollen voyageant habituellement avec le vent, mais très probablement un problème génétique, une incompatibilité de la plante à s’autoféconder.

Pourquoi les plantes font-elles des trucs pareils ? Comme chez les animaux et beaucoup d’autres organismes vivants, ces herbes fourragères tropicales supportent mal, en règle générale, la consanguinité. On peut la forcer. On voit que les « enfants » ainsi obtenus sont moins vigoureux et produisent moins de graines. Certains, à l’extrême, ne produisent plus rien du tout. Les plantes « se défendent » donc contre un risque de dégénérescence en inventant des mécanismes qui empêchent cette consanguinité. On était sans doute tombé sur un cas de ce genre, pas de chance !

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“ideas na cabeça, mãoes na terra e pes no chão” (des idées dans la tête, les mains dans la terre et les pieds dans les champs) était la devise de l’Embrapa, l’INRA brésilien, dans les années 1980. La devise avait oublié la musique dans les oreilles... Aujourd’hui, je n’y résiste pas. C’est Mozart qui m’accompagne!

Les légumes se vendent mieux que le riz

Paroles de paysans maliens (rapportées par Henri Hocdé, Cirad, hier au CNRS):

« Le problème avec vous les chercheurs, c’est que vous ne cherchez pas à nous expliquer ce que vous cherchez. On pourrait vous aider. »

J’évoquais hier l’idée d’une biodiversité utile pour nous et d’une autre utile pour les pauvres. C’est un peu caricatural. Mais cela part de l’observation que les petits agriculteurs maliens cultivent des variétés « paysannes » de sorgho, de mil, etc. au lieu de cultiver les variétés « améliorées » issues de la recherche conventionnelle. Il y a mille raisons pour cela. Maléna préfère les tortillas qu’elle fait avec « son » maïs. Mais le plus souvent, les variétés améliorées ne parviennent pas chez l’agriculteur parce que (a) il n’en entend pas parler (manque d’information) ou (b) les semences ne sont pas disponibles (manque de circuit semencier organisé). L’expérience faite par le CIAT au sein du réseau haricot en Afrique de l’Est peut être mise en parallèle à l’observation que nous rapportait Henri Hocdé hier dans sa présentation au CNRS : « moins de 5% des variétés de sorghos plantées par les agriculteurs maliens sont des variétés améliorées ». La situation était identique sur le haricot à l’est. Et le projet de construction de partenariats pour la mise en place, en cinq ans, d’un système semencier régional visait à développer une capacité à fournir régulièrement 2,5 millions de familles en semences de haricots améliorés. L’objectif a été dépassé après seulement deux ans. Entre autres choses, cela démontre que les petits agriculteurs ne sont pas des intégristes, figés sur leurs variétés paysannes à tout prix. Comme Maléna au Guatemala, qui essaie de nouveaux maïs chaque année, « pour voir », la plupart des petits agriculteurs africains sont prêts à faire des expériences raisonnables. C'est-à-dire à prendre un risque limité.

Mais une question que je me pose aujourd'hui, et que je crois trop peu de chercheurs se posent, c’est : faut-il proposer des variétés améliorées nouvelles, ou faut-il (enfin) améliorer les variétés paysannes existantes ? Jusqu'ici on a seulement regardé ces dernières comme source possible de caractères intéressants pour les variétés "modernes" et non pour elles mêmes, et le nombre de projets d'amélioration des variétés paysannes est dérisoire.

Pourquoi améliorer? Produire plus quand les prix sont si bas? Quand beaucoup de petits agriculteurs parviennent à produire assez, sur leur parcelle, pour nourrir la famille, l’amélioration de leur production leur permettrait d’obtenir ce minimum nécessaire sur une surface plus petite, et donc de pouvoir utiliser l’espace ainsi libéré pour des cultures qui se vendent mieux, comme des légumes par exemple.

En Mars prochain, à Sup’AGRO Montpellier, sera lancée l’INITIATIVE HORTICOLE MONDIALE (GHI, acronyme anglais), dont l’objectif est de favoriser un développement des cultures horticoles chez les petits agriculteurs du Sud, pour améliorer leurs revenus mais aussi la qualité nutritive de leur alimentation.

jeudi, 26 janvier 2006

Agriculture et diversité

J’ai participé aujourd’hui, au CNRS de Montpellier, à une rencontre de chercheurs sur la pluridisciplinarité dans l’étude de la biodiversité, avec notamment des présentations très intéressantes sur la biodiversité agricole ou agrobiodiversité, en France et en Afrique.

Nicole Pasteur, directrice de l’IFR Biodiversité de Montpellier, après avoir placé cette rencontre dans le cadre d’une animation de pôle scientifique (le pôle agriculture-alimentation-environnement de Montpellier, en construction bien avancée), l’a justifié en disant : les chercheurs ne se connaissent pas. Autrement dit, même sur un site géographique unique, parce qu’ils sont dans des structures différentes et appartiennent à des disciplines différentes, tous les chercheurs qui partagent un intérêt pour la biodiversité ne se rencontrent pas, ne partagent pas leurs expériences, ne construisent pas de nouveaux projets ensemble. En général. Bien sûr, toute règle a ses exceptions et il y a quelques projets en cours qui réunissent des équipes pluri institutionnelles et souvent, pluridisciplinaires. Et les exposés de la journée en ont montré quelques exemples. Mais globalement, c’est vrai, les chercheurs se connaissent mal. Que dire, alors, de la connaissance qu’ils ont des autres chercheurs ailleurs en France et au-delà de nos frontières ? André Charrier l’a rappelé – comme moi ici même il y a quelques jours – nous avons un gros problème de communication, entre nous, et avec les autres, tous les autres, inclus le grand public. La mutualisation de l’effort de communication des unités et organismes présents à Montpellier au sein du pôle serait certainement bénéfique, selon Charrier.

Retour sur la biodiversité. Jacques David l’a fort bien rappelé : l’agriculture est fondée sur une utilisation de la diversité des espèces agricoles, qu’on appelle aussi l’agrobiodiversité. Et l’agriculture, depuis quelque 10.000 ans s’est construite sur l’entonnoir de la domestication et de la sélection : à partir d’une grande diversité à l’échelle des espèces sauvages, l’homme a choisi des plantes « faciles » à cultiver – par exemple parce qu’elles gardent leurs grains sur l’épi au lieu qu’ils tombent au sol à maturité – puis les a peu à peu améliorées, chaque fois en perdant un peu de diversité. L’extrême, dans ce processus, c’est d’aboutir à UNE variété et donc à une grande monoculture.

David, das son introduction, a mis l’accent sur les défis qui nous font face. 9 ou 9,5 milliards d’habitants à nourrir, cela ne se fera pas sans avancées importantes des productions agricoles. Ce que David n’a pas dit, par contre, c’est que l’essentiel de cet accroissement démographique s’observera dans les pays les plus pauvres, et dans des zones écologiques qui ne sont pas favorable à l’agriculture telle que nous la connaissons.

Si les avancées récentes de la science permettent de mieux connaître et de mieux utiliser la biodiversité, on oublie de dire que pour répondre aux besoins de ces quelque 3 milliards de nouveaux terriens, ce n’est pas n’importe quelle diversité dont on aura besoin, ni le type d’utilisation qu’on en fait chez nous aujourd’hui. On oublie de dire que les recherches agronomiques faites chez nous ne serviront pas à grand’ chose pour améliorer la diversification et la productivité des fermes de deux hectares au Mali, au Laos et au Nicaragua. La biodiversité sera une absolue nécessité. Mais pas celle qu’étudient 95% de ceux qui travaillent sur la biodiversité aujourd’hui. Les « recettes » pour améliorer les productions agricoles des petits producteurs du Sud devront être améliorées. Mais cela ne sortira pas des études actuellement en cours à l’INRA, à l’université ou au CNRS.

Les collègues du Cirad qui présentaient leurs travaux sur le sorgho en Afrique nous ont dit qu’à peine 5% des variétés améliorées de sorgho produites par la recherche étaient adoptées par les agriculteurs. Et que pour dépasser cela de façon significative, il fallait travailler directement avec eux. Les écouter. Leur poser des questions. Ce n’est pas une recherche française conduite en France qui va pouvoir faire que la recherche réponde aux besoins des petits agriculteurs du Sud.

Il fut le dire, le répéter. Le dire, le répéter.
Mais ceux qui devraient écouter écoutent-ils ?

Je reviendrai demain sur cette rencontre riche en idées...

mercredi, 25 janvier 2006

Forêts et biodiversité (suite)

J’ai évoqué récemment la relation entre les pollinisateurs et la biodiversité des plantes en Afrique australe. Une étude a été rendue publique hier dans le premier « grand journal gratuit » de biologie en ligne sur la disparition probable des orangs-outans en Malaisie, suite à la destruction de la forêt et l’extension des plantations de palmiers à huile. Suite surtout à la fragmentation de l’espace forestier, qui isole des familles de orangs-outans et empêchent ainsi les brassages génétiques qui existaient auparavant. Les conclusions des analyses moléculaires publiées sont sans équivoque : les orangs-outans sont condamnés.

On a le droit de penser que l’homme est plus important que le orang-outan. Mais cette étude est certainement la partie la plus visible d’un gros iceberg. Le phénomène d’isolement de groupes d’individus, lié à la fragmentation de leur habitat, n’affecte pas que la survie des grands primates. Un très grand nombre d’espèces, animales et végétales, y compris l’espèce humaine, ont besoin de ce brassage pour ne pas dépérir. Et la biodiversité est, entre autres services, notre principale assurance garantissant l’alimentation des populations d’aujourd’hui et de demain.

Chaud devant !

Et moi qui évoquais le réchauffement climatique dans ma dernière note…

« 2005 a été l'année la plus chaude à la surface du globe depuis la fin du XIXe siècle quand on a commencé à mesurer et prélever les températures scientifiquement, selon la NASA, l'agence spatiale américaine. »

Et paf, voilà la NASA qui entre dans le club des écolos retors et autres scientifiques vendus, selon Michael Crichton.

Pour le moins curieux de recevoir cette information au moment où les morts dues à la vague de froid se multiplient, surtout en Europe de l’est. Mais les experts, eux, ne s’étonnent pas, qui parlent d’une augmentation de la fréquence des phénomènes extrêmes. En tous sens.

Source : Le Monde sur le web, ce jour.

Vers une agriculture qui pollue moins

La nitrification, c’est le phénomène par lequel les bactéries du sol transforment l’ammonium – l’azote est sous cette forme dans la plupart de nos engrais – en nitrite puis en nitrate, avec rejet d’oxyde d’azote, un gaz à effet de serre. Autrement dit, quand on met de l’engrais azoté dans l’agriculture (et les jardins), on contribue à la pollution de notre environnement de deux manières: par les nitrates qui, lessivés par les pluies ou l’arrosage, partent en grande partie dans les rivières et les nappes, et par l’oxyde d’azote produit, qui contribue de manière très significative au réchauffement climatique.

En 1982, et comme souvent “un peu par accident”, une chercheuse du CIAT, Rosemary Sylvester-Bradley, observe que le sol prélevé dans une parcelle cultivée avec une plante fourragère africaine appelée Brachiaria humidicola contient plus d’ammonium et moins de nitrates que les parcelles adjacentes, fertilisées de la même manière, où poussent d’autres espèces.

Cette observation a permis le démarrage d’une collaboration entre l’institut international et un groupe de scientifiques japonais, qui a montré en 2004 que les racines de la plante africaine rejettent en effet une substance dans le sol qui inhibe le processus de nitrification, et que l’effet perdure dans le sol pendant une longue période, même quand la plante africaine est substituée par une autre culture.

Le CIAT a depuis testé les différentes plantes de la même espèce qui existent dans sa collection de plantes fourragères, pour trouver que certains B. humidicola sont beaucoup plus efficaces que d’autres. Ces plantes sélectionnées sont maintenant testées au champ à plus grande échelle.

A plus long terme, on peut penser identifier le ou les gènes clés dans la synthèse de cette substance rejetée par les racines... et fabriquer des OGM qui auraient besoin de moins d’engrais et seraient donc moins chers à produire, et qui en plus pollueraient moins nos environnements. Evidemment ailleurs qu’en France, rassurez-vous.

Source: rapport annuel 2004-2005 du CIAT, disponible en ligne, en anglais.

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