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dimanche, 29 janvier 2006

L’ANR et la recherche franco-française

Cela fait partie du métier de chercheur partout ailleurs. Cela devient partie du métier de chercheur en France aussi. Il faut écrire des projets de recherche et les soumettre dans des appels à propositions qui sont de vrais concours, arbitrés par des experts, pour obtenir leur financement. Jusqu’ici, en France, il suffisait que le projet soit accepté par les supérieurs hiérarchiques, au sein de l’organisme de recherche. Les organismes eux-mêmes distribuaient les financements à partir d’une enveloppe reçue du ministère. L’enveloppe existe toujours, mais le système compétitif a été ajouté et peu à peu on devrait voir la première diminuer au profit du second, pour se rapprocher des systèmes en place dans les autres pays.

Le groupement d’intérêt public Agence Nationale de la Recherche - GIP ANR – a donc été créé le 7 février 2005 pour être l’agence de financement compétitif des projets de recherche en France. Son objectif est d’accroître le nombre de projets de recherche, venant de toute la communauté scientifique (public et privé confondus), qui sont financés après mise en concurrence et évaluation par les pairs.

Comme en 2005, l’ANR lance donc en 2006 des appels à propositions dans toute une série de domaines de recherche. Dans les domaines qui m’intéressent, l’un d’eux concerne la génomique végétale, et il est lancé en collaboration avec le programme national Génoplante. Les priorités de l’appel 2006 sont au nombre de trois :
• Développement d’outils et de ressources de génomique
• Production de bio-carburants et utilisations non alimentaires des cultures
• Génomique et biologie intégrative en liaison avec les contraintes abiotiques

Scientifiquement, c’est excellent. Il s’agit en effet de trois thèmes reconnus comme prioritaires partout. Politiquement, ça l’est beaucoup moins. Si ce sont des thèmes reconnus comme prioritaires partout, pourquoi doit-on favoriser des projets franco-français sur ces thèmes (seuls les projets nationaux sont financés dans cet appel à propositions), au lieu de favoriser les coopérations européennes et internationales?

Dans une note que j’ai publiée le 24.01 « Recherche et développement: l’Asie dépasse l’Europe et se rapproche des Etats-Unis », je mentionnais le rapport de l’UNESCO sur l’état de la science dans le monde. Le décrochage européen, selon le rapport, se doit pour partie à « la multiplicité des structures de recherche européennes, comparé à ce qu’on voit aux Etats-Unis, et les duplications d’efforts qui en résultent ».

Les trois priorités affichées dans le nouvel appel à propositions ANR-Génoplante sont tout sauf des priorités franco-françaises, et de trop nombreuses initiatives existent sur ces mêmes thèmes ailleurs en Europe et ailleurs dans le monde. Je ne prendrais qu’un exemple : génomique et biologie intégrative en liaison avec les contraintes abiotiques. La sécheresse n’intéresse-t-elle que la France ? C’est là le thème d’un grand programme international dans lequel quelque 80 organismes de recherche collaborent déjà, dont nos INRA, Cirad et IRD français. Construire un appel à propositions associé pour que plus de recherches soient faites avec nos équipes dans ce cadre coordonné, cela ne serait-il pas plus efficace que de faire une chose séparée, purement française, avec une probabilité très élevée de répéter ce qui se fait par ailleurs ?

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