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vendredi, 27 janvier 2006
Les légumes se vendent mieux que le riz
Paroles de paysans maliens (rapportées par Henri Hocdé, Cirad, hier au CNRS):
« Le problème avec vous les chercheurs, c’est que vous ne cherchez pas à nous expliquer ce que vous cherchez. On pourrait vous aider. »
J’évoquais hier l’idée d’une biodiversité utile pour nous et d’une autre utile pour les pauvres. C’est un peu caricatural. Mais cela part de l’observation que les petits agriculteurs maliens cultivent des variétés « paysannes » de sorgho, de mil, etc. au lieu de cultiver les variétés « améliorées » issues de la recherche conventionnelle. Il y a mille raisons pour cela. Maléna préfère les tortillas qu’elle fait avec « son » maïs. Mais le plus souvent, les variétés améliorées ne parviennent pas chez l’agriculteur parce que (a) il n’en entend pas parler (manque d’information) ou (b) les semences ne sont pas disponibles (manque de circuit semencier organisé). L’expérience faite par le CIAT au sein du réseau haricot en Afrique de l’Est peut être mise en parallèle à l’observation que nous rapportait Henri Hocdé hier dans sa présentation au CNRS : « moins de 5% des variétés de sorghos plantées par les agriculteurs maliens sont des variétés améliorées ». La situation était identique sur le haricot à l’est. Et le projet de construction de partenariats pour la mise en place, en cinq ans, d’un système semencier régional visait à développer une capacité à fournir régulièrement 2,5 millions de familles en semences de haricots améliorés. L’objectif a été dépassé après seulement deux ans. Entre autres choses, cela démontre que les petits agriculteurs ne sont pas des intégristes, figés sur leurs variétés paysannes à tout prix. Comme Maléna au Guatemala, qui essaie de nouveaux maïs chaque année, « pour voir », la plupart des petits agriculteurs africains sont prêts à faire des expériences raisonnables. C'est-à-dire à prendre un risque limité.
Mais une question que je me pose aujourd'hui, et que je crois trop peu de chercheurs se posent, c’est : faut-il proposer des variétés améliorées nouvelles, ou faut-il (enfin) améliorer les variétés paysannes existantes ? Jusqu'ici on a seulement regardé ces dernières comme source possible de caractères intéressants pour les variétés "modernes" et non pour elles mêmes, et le nombre de projets d'amélioration des variétés paysannes est dérisoire.
Pourquoi améliorer? Produire plus quand les prix sont si bas? Quand beaucoup de petits agriculteurs parviennent à produire assez, sur leur parcelle, pour nourrir la famille, l’amélioration de leur production leur permettrait d’obtenir ce minimum nécessaire sur une surface plus petite, et donc de pouvoir utiliser l’espace ainsi libéré pour des cultures qui se vendent mieux, comme des légumes par exemple.
En Mars prochain, à Sup’AGRO Montpellier, sera lancée l’INITIATIVE HORTICOLE MONDIALE (GHI, acronyme anglais), dont l’objectif est de favoriser un développement des cultures horticoles chez les petits agriculteurs du Sud, pour améliorer leurs revenus mais aussi la qualité nutritive de leur alimentation.
10:11 Publié dans Réactions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : recherche, agriculture, développement, semences


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