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vendredi, 27 janvier 2006
certaines plantes se protègent de la consanguinité
Si vous vous intéressez à la science, pas seulement à la recherche agricole dont je vous rabat les oreilles, et que vous souhaitez des informations dans un langage compréhensible, je vous recommande un excellent site en français : Futura Sciences.
Je vous en parle parce que je viens d’y voir, aujourd’hui, un article sur un sujet que j’ai abordé récemment, celui des pollinisateurs.
Pour illustrer l’importance de la pollinisation, une petite histoire vécue, mais jamais 100% élucidée. En Côte d’Ivoire, dans les années 1970, nous avions déjà repéré une plante, dans notre collection de plantes fourragères, comme un type très prometteur. Originaire de Tanzanie, et entrée dans nos livres sous le numéro T58, cette plante deviendra le cultivar Tanzania-1 lancé par les brésiliens en 1990 (voir ma note « mes bébés »). Mais vers 1977-78, nous n’en étions pas encore là, et pour faire les expérimentations nécessaires avec des animaux, sur des surfaces importantes, il nous fallait produire des semences en quantités suffisantes. Un premier essai, hors station expérimentale, dans une ferme d’état produisant des semences de diverses espèces au nord du pays, nous avait laissé penser que sur une terre de bonne fertilité il serait possible de récolter jusqu’à une tonne de semences de notre T58 à l’hectare. De quoi planter 200 hectares de pâturages.
Apprenant cela, un collègue gestionnaire d’une autre station expérimentale, nous a alors proposé un terrain à lui. « Nous y avons planté du riz, avec des engrais, pendant les cycles précédents. Le terrain est excellent et vous bénéficierez des fertilisations du riz, ou ce qu’il en reste. Bref, votre plante devrait très bien y pousser. Je cherche de nouvelles rentrées d’argent pour faire tourner ma station, on pourrait donc partager les bénéfices. » Chose dite, chose faite. Et la fertilité de la parcelle plantée, plus d’un hectare, se confirme rapidement, les plantes se développant de manière très spectaculaire. La floraison arrive, bien groupée, très intense. Puis l’époque de la récolte. Et là, patatras, les graines sont toutes vides, récolte = zéro. Le collègue responsable de la station est furieux : manque à gagner total, un cycle de culture perdu, sans compter les investissements (préparation du terrain) pour rien, etc. On n’est plus copains du tout…
Que s’est-il passé ? Précisément, je ne sais pas. Mais on peut faire des hypothèses raisonnables. L’espèce en question était « connue pour » être de celles qui acceptent leur propre pollen. On les appelle des plantes « autogames », c'est-à-dire capables de s’autoféconder. Autrement dit, sur le papier, et si cette « autogamie » était réelle, on aurait du récolter les semences attendues. Les plantes ont bien produit du pollen, comme partout ailleurs où nous les avions déjà plantées. Mais partout ailleurs où nous les avions déjà plantées il y avait d’autres clones de la même espèce à côté ou tout près, donc il y avait d’autres sources de pollen que le pollen du T58. L’hypothèse la plus probable est donc que les plantes dites autogames en fait ne l’étaient pas et demandaient, comme le maïs, à être pollinisées par une autre plante, d’un autre clone. La zone où nous venions d’essayer de multiplier notre T58 était une zone malheureusement totalement vide d’autres plantes de la même espèce. Dans ce cas-là, le problème n’était pas un problème de pollinisateurs, ce type de pollen voyageant habituellement avec le vent, mais très probablement un problème génétique, une incompatibilité de la plante à s’autoféconder.
Pourquoi les plantes font-elles des trucs pareils ? Comme chez les animaux et beaucoup d’autres organismes vivants, ces herbes fourragères tropicales supportent mal, en règle générale, la consanguinité. On peut la forcer. On voit que les « enfants » ainsi obtenus sont moins vigoureux et produisent moins de graines. Certains, à l’extrême, ne produisent plus rien du tout. Les plantes « se défendent » donc contre un risque de dégénérescence en inventant des mécanismes qui empêchent cette consanguinité. On était sans doute tombé sur un cas de ce genre, pas de chance !
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“ideas na cabeça, mãoes na terra e pes no chão” (des idées dans la tête, les mains dans la terre et les pieds dans les champs) était la devise de l’Embrapa, l’INRA brésilien, dans les années 1980. La devise avait oublié la musique dans les oreilles... Aujourd’hui, je n’y résiste pas. C’est Mozart qui m’accompagne!

16:00 Publié dans Mes histoires | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note


Commentaires
Bravo pour la qualité de votre blog et merci pur l'adresse du site sur la science
Ecrit par : ulysse | vendredi, 27 janvier 2006
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