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jeudi, 26 janvier 2006

Agriculture et diversité

J’ai participé aujourd’hui, au CNRS de Montpellier, à une rencontre de chercheurs sur la pluridisciplinarité dans l’étude de la biodiversité, avec notamment des présentations très intéressantes sur la biodiversité agricole ou agrobiodiversité, en France et en Afrique.

Nicole Pasteur, directrice de l’IFR Biodiversité de Montpellier, après avoir placé cette rencontre dans le cadre d’une animation de pôle scientifique (le pôle agriculture-alimentation-environnement de Montpellier, en construction bien avancée), l’a justifié en disant : les chercheurs ne se connaissent pas. Autrement dit, même sur un site géographique unique, parce qu’ils sont dans des structures différentes et appartiennent à des disciplines différentes, tous les chercheurs qui partagent un intérêt pour la biodiversité ne se rencontrent pas, ne partagent pas leurs expériences, ne construisent pas de nouveaux projets ensemble. En général. Bien sûr, toute règle a ses exceptions et il y a quelques projets en cours qui réunissent des équipes pluri institutionnelles et souvent, pluridisciplinaires. Et les exposés de la journée en ont montré quelques exemples. Mais globalement, c’est vrai, les chercheurs se connaissent mal. Que dire, alors, de la connaissance qu’ils ont des autres chercheurs ailleurs en France et au-delà de nos frontières ? André Charrier l’a rappelé – comme moi ici même il y a quelques jours – nous avons un gros problème de communication, entre nous, et avec les autres, tous les autres, inclus le grand public. La mutualisation de l’effort de communication des unités et organismes présents à Montpellier au sein du pôle serait certainement bénéfique, selon Charrier.

Retour sur la biodiversité. Jacques David l’a fort bien rappelé : l’agriculture est fondée sur une utilisation de la diversité des espèces agricoles, qu’on appelle aussi l’agrobiodiversité. Et l’agriculture, depuis quelque 10.000 ans s’est construite sur l’entonnoir de la domestication et de la sélection : à partir d’une grande diversité à l’échelle des espèces sauvages, l’homme a choisi des plantes « faciles » à cultiver – par exemple parce qu’elles gardent leurs grains sur l’épi au lieu qu’ils tombent au sol à maturité – puis les a peu à peu améliorées, chaque fois en perdant un peu de diversité. L’extrême, dans ce processus, c’est d’aboutir à UNE variété et donc à une grande monoculture.

David, das son introduction, a mis l’accent sur les défis qui nous font face. 9 ou 9,5 milliards d’habitants à nourrir, cela ne se fera pas sans avancées importantes des productions agricoles. Ce que David n’a pas dit, par contre, c’est que l’essentiel de cet accroissement démographique s’observera dans les pays les plus pauvres, et dans des zones écologiques qui ne sont pas favorable à l’agriculture telle que nous la connaissons.

Si les avancées récentes de la science permettent de mieux connaître et de mieux utiliser la biodiversité, on oublie de dire que pour répondre aux besoins de ces quelque 3 milliards de nouveaux terriens, ce n’est pas n’importe quelle diversité dont on aura besoin, ni le type d’utilisation qu’on en fait chez nous aujourd’hui. On oublie de dire que les recherches agronomiques faites chez nous ne serviront pas à grand’ chose pour améliorer la diversification et la productivité des fermes de deux hectares au Mali, au Laos et au Nicaragua. La biodiversité sera une absolue nécessité. Mais pas celle qu’étudient 95% de ceux qui travaillent sur la biodiversité aujourd’hui. Les « recettes » pour améliorer les productions agricoles des petits producteurs du Sud devront être améliorées. Mais cela ne sortira pas des études actuellement en cours à l’INRA, à l’université ou au CNRS.

Les collègues du Cirad qui présentaient leurs travaux sur le sorgho en Afrique nous ont dit qu’à peine 5% des variétés améliorées de sorgho produites par la recherche étaient adoptées par les agriculteurs. Et que pour dépasser cela de façon significative, il fallait travailler directement avec eux. Les écouter. Leur poser des questions. Ce n’est pas une recherche française conduite en France qui va pouvoir faire que la recherche réponde aux besoins des petits agriculteurs du Sud.

Il fut le dire, le répéter. Le dire, le répéter.
Mais ceux qui devraient écouter écoutent-ils ?

Je reviendrai demain sur cette rencontre riche en idées...

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