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vendredi, 20 janvier 2006
POURQUOI (bis)
Le discours aujourd’hui, en France, dans le domaine de recherche concerné par ce blog, consiste grosso modo à dire que ce domaine n’existe pas ! Comme je crois que je n’ai pas été très clair hier, je vais essayer d’expliquer un peu mieux…
Les technologies et les produits de ces technologies développées pour des agricultures comme la notre, où qui lui ressemblent, sont totalement inadaptées chez les Maléna, Dorothée et autres Gee Her de mes histoires.
Si on ne fait pas une recherche spécifique pour améliorer les performances et les revenus des petits agriculteurs du Sud, ils devront se contenter de ce qui est fait pour les autres, qui vivent dans d’autres milieux avec d’autres moyens. Ils ne s’en sortiront pas. On a déjà essayé – c’est ce qui s’est appelé la révolution verte - et cela a été un fiasco.
Parce que les petits agriculteurs chez nous constituent une espèce en voie de disparition, les beaux penseurs disent que la même évolution se produira au Sud. Les plus performants, qui sont aussi les plus aidés finiront par produire pour tous et les petits disparaîtront peu à peu. Faire de la recherche spécifiquement pour améliorer des systèmes peu performants appelés à disparaître, il est facile de dire que c’est une perte de temps.
Oui mais voilà, le Sud n’est pas le Nord, et la très grande majorité de ceux qui se font les avocats de la disparition d’une recherche spécifique n’ont jamais vécu au Sud, n’y passent qu’en touriste ou visiteur pour quelques jours et en reviennent avec des certitudes qui ne correspondent à aucune réalité. Le Sud n’est pas le Nord parce que le développement industriel n’est pas là pour absorber la main d’œuvre agricole en surplus. Pour tous les gouvernements des pays du Sud dont les mégapoles débordent déjà sans que les emplois urbains suivent, il faut que les ruraux restent dans les campagnes. On ne peut pas, humainement, demander à qui que soit de rester dans la misère. Il faut donc, impérativement, que ces familles rurales améliorent leurs conditions de vie là où ils sont. Bien sûr cela demande une politique nationale qui favorise cette évolution. Mais cela suppose aussi que l’on dispose de produits et de technologies développées pour des agricultures comme la leur.
Notre recherche agricole nationale, qui prétend aujourd’hui être capable de s’occuper du Sud aussi bien qu’elle s’est occupée de l’hexagone, a été centrée trop longtemps sur les productions intensives, c'est-à-dire sur un système totalement artificiel dans lequel on modifie le milieu pour l’adapter à la super plante issue de la sélection (on a même un temps parlé d’idéotype, traduisez « la plante idéale »). La recherche pour les petits agriculteurs du Sud doit être à 180°. Il faut produire des plantes adaptées à l’environnement existant qui participent de systèmes "agroécologiques", avec rotation, cultures alternées et autres semis directs, permettant de gérer les ressources naturelles de façon optimale – parce qu’il n’est pas question que les pauvres achètent massivement des engrais dans un avenir proche ni lointain. Les plantes tolérantes à la sécheresse, résistantes aux insectes, fixatrices d’azote atmosphérique, la « culture » de l’eau, rien de tout cela n’existe sans recherches spécifiques. Qui travaille sur l’extraordinaire diversité des variétés paysannes, en dehors des organismes de recherche spécifique ? Qui travaille avec les agricultrices pour être sûr que les produits de la recherche, correspondant bien à leurs besoins, seront effectivement adoptés ? Seulement la recherche spécifique.
Et bien sûr cela ne veut pas dire qu’il faut créer un « ghetto » de chercheurs spécialisés, le mot étant brandi (pour preuve que la spécificité de cette recherche est un crime) par tous ceux qui ne rêvent que d’hégémonie. Les chercheurs qui travaillent pour le Sud travaillent nécessairement en partenariat. A l’opposé du fonctionnement en ghetto d’un nombre significatif d’agronomes hexagonaux, on peut dire qu’ils ont même la culture du partenariat comme mode de fonctionnement essentiel. Et beaucoup de ces spécialistes qui travaillent en France font partie d’unités « mixtes », pluri institutionnelles, liant recherche de pointe à recherche spécifique et formation. Le glaive du ghetto brandi par les agronomes hexagonaux, « c’est l’hôpital qui se moque de la charité ! »
On ne gagnera donc rien à poursuivre l’intégration de la recherche qui combat la pauvreté au-delà de ce qu’elle est déjà, dans les faits, au niveau des équipes. On sait, par contre, que les fusions institutionnelles, et on l’a bien vu chez nos voisins européens, amènent une concentration qui ne profite qu’aux plus forts. Ceux qui y perdront ne seront pas les chercheurs, qui sont assez intelligents pour s’adapter très vite. Ce seront les pauvres, pour lesquels on fait déjà si peu.
IL FAUT SAUVER LA RECHERCHE POUR LE DEVELOPPEMENT QUE LE GOUVERNEMENT VEUT FAIRE DISPARAITRE!
11:00 Publié dans POURQUOI ? | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


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