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jeudi, 19 janvier 2006

Hommage à un grand monsieur disparu

J’ai appris par une note un peu sèche du courriel interne de mon institut de recherche le décès du professeur Guy Camus, qui fut Directeur Général de l'ORSTOM (Office de la recherche scientifique et technique outre-mer) pendant près de vingt ans (1963-1982), survenu le 9 janvier 2006, à Paris, à l’âge de 84 ans.

Personnalité forte et donc contestée par beaucoup, au sein même de l’organisme, il est certainement l’un des très grands sinon le tout premier architecte de la diversité des compétences et de la renommée internationale de ce qui s’appelle aujourd’hui l’Institut de recherche pour le développement (IRD).

Lui et son complice Georges Rizet, disparu quelques mois avant lui, m’avaient recruté en 1971 comme « élève-chercheur » pour participer à un projet de recherche pilote qui faisait partie de ses enfants chéris et qu’il gérait donc en direct et avec passion, ce qui ne manquait pas de susciter quelques jalousies parmi les collègues. Guy Camus avait donc fait tout naturellement partie de mon jury de thèse dix ans plus tard (c’était encore l’époque des longues thèses « d’Etat ») et il avait suivi de très près le début de ma carrière, jusqu’à ce qu’il soit remercié par la gauche arrivant au pouvoir en 1981 et passe à assumer d’autres responsabilités, notamment comme président du conseil scientifique du système international (le GCRAI) que j’évoquais dans mes notes de mardi.

C’est donc à Guy Camus, mais aussi bien sûr à Georges Rizet et à mon patron Jean Pernès, que je dois ma réussite comme biologiste, chercheur « international », connu et reconnu à l’étranger. C’est Guy Camus qui m’avait dit, en 1981, qu’il valait mieux que j’aille travailler à l’Embrapa, au Brésil, plutôt que d’aller dans le centre international le plus intéressé par ma recherche à l’époque, le CIAT. Un an plus tard, alors que j’étais déjà installé au Brésil, il m’avait dit s’être sans doute trompé : « le CIAT est un centre de recherche formidable ! ». 20 ans plus tard, ce sont mes amis brésiliens de l’Embrapa (pas mon institut, ni aucun collègue français) qui m’ont nominé pour faire partie du conseil du CIAT. Elu dans ce conseil, puis nommé président du comité des programmes (équivalent d’un conseil scientifique) un an plus tard, j’ai finalement été élu à la présidence du conseil en juin dernier, pour assumer ainsi la plus haute fonction au CIAT à partir de mai prochain pour trois ans. Je ne manquerai pas d’évoquer sa mémoire lors des cérémonies qui auront lieu à ce moment-là.

Merci, Monsieur Camus !

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