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mercredi, 18 janvier 2006

Quelles solutions, quels espoirs pour Maléna ?

Dans une note de décembre (« l’histoire de Maléna », dans la rubrique mes histoires), j’ai touché du doigt au paradoxe de la recherche agricole pour le développement (RAD). La RAD a une double mission : (1) il faut assurer la sécurité alimentaire, c'est-à-dire assurer que les productions vivrières sont suffisantes, à l'échelle d'un pays, pour que chacun ait assez à manger et (2) il faut trouver des solutions pour réduire la pauvreté en milieu rural. Si les productions vivrières doivent augmenter pour faire face à l’accroissement de la population que tout le monde annonce, on ne voit pas encore bien clairement comment on va assurer cette augmentation de production.

Pour simplifier (beaucoup ? trop ?), il y a aujourd’hui des agriculteurs qui pratiquent une certaine intensification et alimentent le marché, et puis il y a la grande majorité des petits producteurs pauvres, qui vivent dans les zones marginales (c'est-à-dire non propices à une agriculture intensive) et pratiquent une agriculture de subsistance : les céréales qu’ils produisent servent à l’alimentation familiale, pas plus. Maléna est de ceux-là. Arrivera-t-on à répondre à la demande avec une augmentation des productions dans les exploitations qui pratiquent déjà une certaine intensification, sans mettre en péril les ressources naturelles ? Autrement dit, peut-on intensifier plus ce qui l’est déjà, et jusqu’où ?

Si l’on regarde l’histoire des productions agricoles au cours des 50 dernières années – je parle de l’histoire au Sud, pas chez nous – on peut être raisonnablement optimiste : les productions ont augmenté régulièrement et globalement elles ont augmenté suffisamment… même si le global n’a pas grand sens pour les populations africaines, les productions agricoles sur ce continent étant encore en dessous des besoins. Mais on peut quand même être tenté de tirer la conclusion que l’agriculture, dans son ensemble, et notamment grâce à une recherche agricole performante, a progressé régulièrement et continuera certainement de le faire. Bref, si on a fait face jusqu’ici, pourquoi se soucier, on continuera à faire face. Et puis pour nous aveugler un peu plus, beaucoup contestent les prévisions d’accroissement démographique pour les prochaines 50 années. Facile. Pratique. L’autruche, c’est bien connu, ne fait rien que se cacher pour ne pas voir et ne rien avoir à faire.

Maléna n’est pas intéressée quand on lui propose de produire plus de maïs et de le vendre sur le marché, parce qu’elle pense – et elle a bien raison – qu’il vaudrait mieux, pour elle qui vit près d’une grande ville, produire des fruits ou des légumes afin d’améliorer les revenus familiaux. Ces produits là se vendent mieux que le maïs. C’est là qu’est le paradoxe évoqué plus haut : ceux qui produisent déjà beaucoup (relativement) ne pourront pas continuer éternellement à produire plus. On le voit chez nous : il y a un coût à puiser toujours plus dans les ressources naturelles, qu’au Sud on compense peu ou pas du tout par des fertilisants. Un rapport récent du programme des nations unies pour le développement (PNUD, 2005) sur l’Ouganda fournit un excellent exemple : les pertes en fertilité des sols sont estimées à 520 millions d’euros par an sur l’ensemble du territoire, ce qui représente une dette par habitant de 175 euros/an. Cette dette est, bien sûr, invisible et largement ignorée, mais elle mine durablement le potentiel de développement agricole du pays, et constitue une contrainte en croissance permanente qui affecte en priorité les plus pauvres.

Comment sortir de ce paradoxe. Il faut que les pauvres, comme Maléna, produisent et vendent plus de céréales sur le marché. Il faut en même temps qu’ils produisent des choses qui se vendent mieux et leur permettent d’augmenter leurs revenus. Et il faut qu’ils gèrent l’invisible, la fertilité de leurs sols et la productivité de l’eau.

Il n’y a pas de miracle. Tout cela requiert du travail. Le développement de solutions acceptables et acceptées ne se fera pas par « transferts de technologie » des centres de recherche du Nord vers les paysans du Sud, mais par des recherches participatives, pluridisciplinaires, sur place.

J’entends trop souvent dire aujourd’hui qu’il n’y a pas d’un côté la recherche agricole et de l’autre la recherche agricole pour le développement. La rumeur circule même que cette dernière, chez nous, pourrait totalement se fondre dans la première et donc, à terme, disparaître. Si le « tout est générique » l’emporte, comme je le crains, Maléna ne sortira pas de sa situation grâce à nous. Le Sud n’a vraiment pas besoin qu’on en fasse moins. Il faut faire plus, au contraire. Et si on ne le fait pas, le monde de nos enfants sera beaucoup plus violent que celui que nous connaissons aujourd’hui.

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