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mardi, 17 janvier 2006

GCRAI (1)

Qu’est-ce que le Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (GCRAI) ?

Retour en arrière. L’époque de la colonisation. Que font les colons en matière d’agriculture ? Ils développent les grandes plantations, les cultures d’exportation. Ils ne s’occupent pas de vivrier, de sécurité alimentaire pour les populations locales. "Qu’ils se débrouillent !"

Le résultat, c’est que la recherche sur les plantes alimentaires tropicales est pratiquement encore inexistante au sortir de la seconde guerre mondiale, quand les problèmes alimentaires pointent leur nez partout. Au Mexique, la Fondation Rockefeller a lancé des recherches précisément pour corriger ce déficit de recherche sur les plantes alimentaires en zone tropicale. Un des premiers chercheurs qui se lancent dans l’intensification des cultures céréalières tropicales est Norman Borlaug. Il recevra le Prix Nobel de la Paix en 1970. Avec la Fondation Ford, la Fondation Rockefeller crée les premiers centres internationaux de recherche agricole dans les années 1960. Ils travaillent sur le riz, le blé, le maïs, le haricot, le manioc, l'igname. Ils sont localisés aux Philippines (institut international de recherche sur le riz, IRRI), au Mexique (institut international d’amélioration du maïs et du blé, CIMMYT), au Nigeria (institut international d’agriculture tropicale, IITA) et en Colombie (centre international d’agriculture tropicale, CIAT). Mais la tâche est trop importante pour que les deux fondations restent seules. Elles font appel à d’autres volontaires. En 1971, un groupe de généreux donateurs est formé, pour financer plus de recherche agricole tropicale dans les centres internationaux. Ils sont 18, gouvernements et fondations qui se joignent à la Banque Mondiale, pour créer ainsi le GCRAI. La France fait partie des fondateurs. La mission est simple : il faut produire plus. On met donc en pratique les principes de « la révolution verte » de Norman Borlaug. Des variétés qui sont de taille plus courte et qui résistent ainsi à un semis à plus forte densité, des apports en engrais, en pesticides, en eau, etc. C’est l’intensification de l’agriculture « à la mode de chez nous… ». Succès et échecs. Succès incontestable au niveau des productions en Asie, où les productions nationales bondissent et où les famines annoncées sont pour la plupart évitées. Echecs chez les petits agriculteurs pauvres, de tous les continents, qui ne peuvent s’adapter aux monocultures intensives.

Mais cette fracture n’est pas comprise immédiatement. Pendant des années, le GCRAI surfe sur les réussites des agricultures asiatiques et d’une partie de l’Amérique latine. D’autres centres internationaux apparaissent. Ils sont aujourd’hui au nombre de 15 (avec indication des objets sur lesquels ils travaillent, quand nécessaire):

Centre Africain du Riz (anciennement ADRAO)
CIAT - Centre International d’Agriculture Tropicale : haricot, manioc, riz, fourrages tropicaux, fruits tropicaux, innovation en milieu rural
CIFOR - Centre pour la recherche forestière internationale
CIMMYT - Centre International d’amélioration du maïs et du blé
CIP - Centre International de la pomme de terre : pomme de terre, patate douce et tubercules andins
ICARDA - Centre International de recherche agricole des zones arides : blé, orge, pois chiche, lentilles, fèves, légumes fourragers
ICRISAT – Institut International de Recherche sur les plantes cultivées des zones tropicales semi-arides: sorgho, mil, pois d’Angole, arachide
IFPRI – Institut International de Recherche sur les politiques alimentaires
IITA - Institut International d’Agriculture Tropicale : maïs, bananes et plantains, ignames, manioc, niébé, soja
ILRI - Institut International de Recherche sur l’élevage
IPGRI - Institut International sur les Ressources Génétiques Végétales
IRRI - Institut International de recherche sur le riz
IWMI - Institut International sur la gestion de l’eau
Centre Mondial d’Agroforesterie (anciennement ICRAF)
Centre Mondial sur les Poissons (anciennement ICLARM)

Il faudra attendre les années 1990 pour que leur mission change, avec la prise de conscience que le nombre de pauvres ne diminue pas assez vite, que ce sont pour la plupart (70-75%) des agriculteurs et non des urbains, et que la recherche agricole, par conséquent, doit s'occuper d'eux, spécifiquement, si l'on veut que la pauvreté disparaisse. Mais les appareils de recherche sont-ils capables de prendre un virage à 90 degrés?

A suivre...

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