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samedi, 31 décembre 2005
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Quelque 350 visites sur ce blog depuis la mi-décembre, deux citations dans la page blogs de l’édition du Midi Libre du vendredi, très bien, cela vaut la peine de continuer. Mais encore trop peu d’interactions avec les blogueurs-lecteurs : faites des commentaires, des suggestions ! Réagissez ! Midiblogs est tout neuf, Recherche-Solidarité-Sud encore plus, on peut l’améliorer !
21:08 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
« et le désert avance ! »
Shaoni Bhattacharya, du New Scientist*, nous apprend qu’un rapport publié par le ministère américain de l’énergie signale que les Etats-Unis viennent de battre un nouveau record, celui des émissions de gaz à effet de serre. 2% de plus en 2004, cela veut dire qu’ils sont passés de 6983 millions de tonnes d’équivalent CO2 en 2003, à 7122 millions de tonnes.
On sait tous que les Etats-Unis sont les plus gros pollueurs – responsables d’environ un quart des émissions de CO2 dans le monde – et qu’ils refusent obstinément de ratifier le traité de Kyoto. Le rapport en question nous apprend aussi que les émissions en 2004 étaient 16% plus élevées qu’en 1990. Si c’est plus que la moyenne, c’est moins que la performance de certains pays dits émergents. Par exemple, entre 1992 et 2002, les émissions en Chine ont augmenté de 33% et en Inde de 57%.
Et après ? Comme les premiers pollueurs ne font toujours rien** et que de toute façon les phénomènes en jeu ont une telle inertie que renverser la tendance prendra un temps très long… on est donc parti pour subir les effets du changement climatique. Et devinez qui va en subir le plus, de ces effets néfastes ? Ce sont encore les gens du Sud, ceux qui ont déjà tous les malheurs du monde sur le dos.
Et là aussi, il y a un enjeu énorme pour la recherche. Si les changements globaux en marche vont affecter les agricultures du Sud et notamment l’agriculture africaine au cours des prochaines décennies comme tous les spécialistes l’annoncent, que fait-on AUJOURD’HUI pour s’y préparer ? Avez-vous entendu parler d’un grand programme international qui s’attaque à cette question ?
Et nous, on fait quoi pour ne pas pourrir la planète de nos enfants ?
On continue de dépenser de l’eau sans compter,
On se chauffe au fioul,
On emm… ceux qui nous critiquent parce qu’on roule en 4x4,
On trie un minimum de nos déchets,
Bref, on s’en f… comme tout le monde, comme les autorités locales, régionales, nationales, comme nos voisins et comme vous-même. Le tsunami, les inondations dans le sud-est des Etats-Unis, c’est trop loin. Et puis qui nous prouve (1) que c’est vraiment lié à notre comportement et (2) qu’il y en a vraiment plus qu’il y a un siècle ou deux ? Allez... continuons de pourrir cette planète, les ingénieurs de demain trouverons bien une solution!
* Lu dans le NewScientist sur internet (http://www.newscientist.com/)
** ce qui n’est plus tout à fait vrai puisque six états américains viennent de décider de s’attaquer à leurs émissions (tout le monde n’écoute pas les mêmes experts complaisants, Monsieur Bush !)
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vendredi, 30 décembre 2005
Une histoire colombienne
La recherche qui combat la pauvreté, ça existe. L’histoire qui suit est extraite d’un livre sur l’impact de la recherche agricole sur la pauvreté. Le livre, publié en 2002, est accessible sur le site du CIAT, en anglais.
J’ai déjà raconté que le manioc était une plante importante pour les petits agriculteurs de l’est africain. Originaire du bassin amazonien, cette plante est également très importante dans toute l’Amérique latine tropicale. C’est une plante qui résiste bien à la sécheresse et qui tolère des sols de fertilité très moyennes. Et puis, un peu comme la pomme de terre, c’est une plante qui peut se consommer de mille et une façons (voir plus bas).
Dans les zones semi arides de la côte nord colombienne, les petits agriculteurs tirent la plus grosse part de leurs revenus du manioc. Dans les années 1960, 1970, cela veut dire : pas grand-chose. Ou bien le manioc se mange à la ferme, ou on peut en vendre un peu au marché local. Mais les racines, une fois tirées de terre, ne se conservent pas bien longtemps. Les chercheurs se penchent sur le problème : quel autre marché créer, qui changerait la donne. On commence par regarder ce qui existe ailleurs, notamment en Asie, et un projet se dessine, qui reçoit un financement du gouvernement canadien. Il s’agit de créer des aires de séchages du manioc pour le transformer en alimentation pour bétail. La région de la côte nord colombienne se prête bien à l’étude : 80% des agriculteurs ont moins de 20 hectares de terre, et la zone produit un gros tiers de tout le manioc produit en Colombie.
10 ans après le démarrage du projet, 138 coopératives pratiquaient le séchage du manioc. La production était de 35.000 tonnes de manioc sec, à partir d’environ 90.000 tonnes de frais (représentant 10% de la production régionale). 36% des petits agriculteurs apportaient une partie de leur manioc à une coopérative. Tous les indicateurs montraient un recul de la pauvreté.
Alvaro Meza cultivait du manioc depuis longtemps quand il est devenu associé de la coopérative de Sabanas de Beltran.
« la construction de l’usine de séchage a été un grand événement dans notre communauté, et les changements qu’elle a provoqué dans notre niveau de vie sont évidents. L’association a franchement amélioré le marché pour le manioc. Avant, chaque agriculteur plantait seulement entre un quart et un demi hectare de manioc, essentiellement pour la consommation familiale. Maintenant chaque agriculteur plante entre 2 et 3 hectares parce que son marché est assuré. L’usine de séchage paie les membres comme les non membres en liquide, alors ils augmentent leur surface cultivée, et cela se traduit par des revenus plus élevés. »
En 1993, quand le projet des scientifiques se termine, les coopératives sont prêtes à voler de leurs propres ailes. Malheureusement, presque simultanément, le gouvernement décide d’ouvrir son marché aux importations d’aliments pour bétail en provenance des Etats-Unis. Très rapidement, le marché du manioc s’effondre. En un an, la production est ramenée de 35.000 à 7.000 tonnes.

Des leçons à tirer :
- produire de nouvelles variétés est nécessaire, mais travailler sur « l’après récolte » est au moins aussi important ;
- la recherche peut avoir un impact mesurable, important, sur la vie des plus pauvres parmi les agriculteurs, mais les avancées sont dépendantes des règles du marché. La politique néolibérale qui s’installe en Colombie en 1993 réduit à néant tous les efforts d’investissement de milliers d’agriculteurs ;
- il n’y a pas de solution-miracle ou de plante-miracle. Ce dont les petits agriculteurs ont le plus besoin, c’est de diversification. Un seul produit, et ils sont hyper vulnérables. Plusieurs produits permettent de diminuer les risques. Un organisme de recherche qui travaille seul ne peut offrir la diversification nécessaire parce que la recherche, pour être de qualité, demande à être spécialisée, limitée à un petit nombre de plantes et de produits. Mais les chercheurs savent encore très mal travailler dans un cadre interinstitutionnel et interdisciplinaire. Et les donateurs ne les y encouragent guère.
Mangez du manioc !
Aider les agriculteurs du Sud, on le peut. En achetant et en mangeant des produits tropicaux.
Le manioc peut s’acheter entier, frais, ou sous forme de farine (gari). Le manioc entier peut être mangé bouilli, en frites, en croquettes, ou en beignets. La farine peut être grillée et agrémentée de lardons, œufs ou olives. Elle se marie très bien avec des haricots noirs (comme dans la feijoada brésilienne).
Pour quelques recettes de manioc :
www.terrespoir.com
mandji.net/mbolo/recette1.htm
www.alterafrica.com/
www.brousse-en-folie.com
17:09 Publié dans Mes histoires | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Pressions sur la recherche et chercheurs qui disjonctent
On en parle beaucoup depuis quelques jours, Midi Libre revient là-dessus longuement dans son édition d’aujourd’hui, les pressions subies par les laboratoires de recherche conduisent parfois leurs responsables… à disjoncter. Philippe Dagneaux évoque ces pressions dans un petit éditorial, en prenant bien soin de dire que la brebis égarée sud-coréenne n’est que l’exception à la règle. Difficile d’échapper en effet à la vindicte quand la fraude est si grosse. Mais quid des petits résultats « arrangés » pour qu’ils collent mieux à l’hypothèse avancée ? Ou des idées, voire des résultats gentiment « piqués » aux collègues imprudents qui en ont parlé en toute innocence lors d’une rencontre dans un couloir de congrès ou lors d’une visite d’un collègue dans leur labo ou dans un échange de couriels ?
La pression n’est pas nouvelle, surtout dans tous les pays où l’essentiel des financements vient de « concours ». Dans ces pays-là, on doit généralement soumettre d’abord « une idée » (en anglais « concept note ») à un financeur. Les meilleures idées sélectionnées, leurs auteurs doivent ensuite développer un avant projet (« preproposal »). Dernière étape, les meilleurs avant projets doivent être développés en projets (« proposal »), souvent de gros documents qui font l’inventaire des connaissances acquises sur le sujet puis détaillent le plan de recherche, les compétences de l’équipe, et comment sera utilisé le financement demandé. Un responsable de laboratoire devra écrire plusieurs projets de ce type chaque année : une équipe qui a un projet financé sur trois projets soumis est considérée comme ayant un bon taux de réussite. Et pour chaque projet financé, il faudra périodiquement produire un rapport sur l’avancée des travaux. Une fois par an quand le bailleur est du secteur public, beaucoup plus souvent si le financement vient de l’industrie privée.
J’ai démarré dans la recherche en Afrique en 1972. Je n’aurais jamais pensé qu’on pouvait, en Côte d’Ivoire, faire une recherche justifiant des précautions, pour ne pas dire le secret. Et mon patron pas plus que moi, qui recevait tous les visiteurs les bras grands ouverts et se promenait dans les congrès en racontant tout ce que nous faisions avec moult détails. Erreur grossière. Plus grosse erreur encore, celle de vouloir à tout prix publier nos résultats en français et exclusivement en français dans des journaux scientifiques qui ne sont lus… que par des français, à quelques exceptions près. Quelques chercheurs « étrangers »* ont profité de l’aubaine en reprenant les idées et pour partie les résultats de notre équipe pour en faire des publications en anglais dans des revues scientifiques « à comité de lecture »**. Et trente ans plus tard, pour tous les spécialistes concernés, la paternité de ces résultats leur appartient entièrement.
Au cours de ma carrière, j’ai vu toute sorte de malversations. Le technicien qui invente des données pour ne pas se faire engueuler par le patron, l’étudiant en thèse qui modifie tel ou tel résultat pour qu’il confirme son hypothèse [on continue d’accuser Gregor Mendel d’avoir falsifié ses données pour que les chiffres collent mieux avec ses lois de l’hérédité!], l’idée discutée en réunion qu’on retrouve dans la publication du laboratoire concurrent, les rumeurs qu’on fait circuler sur l’incompétence d’un collègue, etc. La recherche est un monde très compétitif, même chez nous : quand la compétition pour les financements y est encore presque inexistante (malheureusement), la compétition pour la direction d’un laboratoire ou d’une équipe peut pousser quelques ambitieux à des bassesses insoupçonnées. On peint un peu trop le monde de la recherche comme un monde élitiste peuplé de coqs en pâte. Les hommes sont les mêmes partout, Philippe Dagneaux a bien raison.
* ils sont américains et australiens, l’un d’entre eux au moins étant encore en activité, je ne citerai donc pas de noms ici.
** voir l’éditorial de Philippe Dagneaux dans le Midi Libre du 30 décembre 2005.
09:07 Publié dans Les news "Science" que j'ai notées pour vous | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
mercredi, 28 décembre 2005
SCIENCE: rétrospective 2005
Dans son édition du 23 décembre, exceptionnellement accessible gratuitement sur son site, le journal SCIENCE cède à la mode des rétrospectives et nous livre son classement des 10 avancées scientifiques majeures de l’année qui se termine.
Le choix du numéro un est essentiellement un choix politique, américano-américain : devant la montée, dans une opinion publique décidément ultraconservatrice, des adeptes d’un néo-négationnisme scientifique qui classe Darwin dans la famille des satanés, SCIENCE souligne en premier les avancées, en biologie, dans la compréhension des mécanismes par lesquels les êtres vivants évoluent. Des autres avancées scientifiques majeures, je soulignerai seulement les numéros 8 et 10…
Succès 2005 dans le monde de la science, d’après le journal SCIENCE :
1. Le génome du chimpanzé est décrypté, l’évolution est une réalité en marche
2. L’exploration de l’espace continue
3. Des gènes identifiés qui déterminent la floraison
4. Les étoiles de neutrons et leurs explosions observées par satellite
5. La connaissance du cerveau et de gènes liés aux maladies du cerveau progresse
6. De nouvelles technologies appliquées au mystère de l’origine de la terre
7. Portrait d’une protéine « concierge » de la membrane de nos cellules
8. Le changement climatique est une réalité

Sans commentaire nécessaire : évolution de la couverture de glace dans l’arctique de 1979 à aujourd’hui (photo de la NASA)
9. La biologie des systèmes est née, ou comment étudier les multiples signaux que reçoit une cellule simultanément
10. Bienvenue à ITER , à Cadarache

Après 20 ans de recherche, les spécialistes de la fusion sont prêts à lancer la construction d’ITER (photo du site officiel)
Pour plus de détails (en anglais), aller sur le site de SCIENCE.
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mardi, 27 décembre 2005
Les personnalités de l'année 2005
Bill et Melinda Gates ont publié une déclaration sur le site de leur fondation , après avoir appris que le magazine Time venait de les nommer, avec Bono Persons, les personnalités de l’année 2005. Extrait :
« Nous sommes conscients que nous avons eu beaucoup de chance dans nos affaires, et nous voulons partager cette réussite en soutenant des actions qui améliorent les conditions de vie du plus grand nombre de gens possible. Mais nous croyons aussi que chacun d’entre nous a quelque chose à offrir – du temps, de l’argent, ou de l’énergie – pour aider les autres.
Ensemble nous avons progressé, mais il y a encore tellement à faire. Trop d’enfants, dans les pays du Sud, font face à une vie sans droit à la santé, sans espoir ou sans opportunité (…) Tous ces enfants sont nos enfants, et leur futur dépend de chacun d’entre nous »
Un exemple de projet soutenu par la Fondation Bill et Melinda Gates:
Originaire du continent américain,la patate douce à chair orange est très riche en β-carotène, brique essentielle dans la production de la vitamine A. Cette plante n’est ni cultivée ni consommée habituellement en Afrique de l’est. Depuis une dizaine d’année, le CIP (Centre international de la pomme de terre) a produit de nouvelles variétés de patate douce riches en β-carotène et adaptées aux conditions de culture locales, mais ceci ne répondait qu’à une partie des besoins. L’argent donné par la Fondation Gates permettra au programme HarvestPlus, au CIP, et aux autres partenaires du projet d’étudier les marchés, de savoir comment modifier les habitudes des consommateurs pour être sûr que le produit soit bien utilisé par ceux que l’on cible en priorité, avec pour impact une réduction sensible de la mortalité infantile .
HarvestPlus utilisera l’argent de la Fondation Gates Foundation dans des zones-pilotes choisies en Afrique de l’est, et notamment en Ouganda où la déficience en vitamine A affecte 38% des enfants, et au Mozambique où la proportion est encore plus élevée,atteignant 68%.
Plus de 500,000 enfants sont aveugles à cause de la déficience en vitamine A et un nombre encore plus grand souffre de la fragilisation de leur système immunitaire faute de vitamine A, selon l’organisation mondiale de la santé (OMS). On a démontré que la déficience en vitamine A augmente la mortalité infantile de 23%.
HarvestPlus est un “Challenge Programme” du groupe consultative pour la recherché agricole internationale (GCRAI). Il a été lancé en novembre 2003. Il est coordonné par le Centre international d’agriculture tropicale (CIAT) et par l’institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI).
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lundi, 26 décembre 2005
Un an après le tsunami
Des discussions récentes, dans les médias, sur ce qu’ont fait les ONG des dons reçus après le tsunami du 26 décembre 2005, j’ai retenu les points suivants :
- on a été très généreux, et c’est bien.
- les ONG ont été incapables d’utiliser tous les dons pour ce à quoi ils étaient destinés, et c’est normal. Il faut accepter qu’ils en utilisent une partie pour soigner d’autres maux, beaucoup moins médiatisés.
- les ONG dépensent une partie plus ou moins importante de nos dons pour faire tourner leur boutique, et c’est encore normal. Ce qui l’est moins, c’est l’absence d’évaluations indépendantes (= pas faites par les ONG elles-mêmes) pour nous prouver qu’il n’y a pas d’abus.
Dans le gaspillage potentiel souvent évoqué, qu’il ne faudrait surtout pas généraliser, et qui énerve tous ceux qui donnent et doivent continuer de le faire, il y a les dépenses excessives de certains « experts » envoyés sur place. On ne leur demande pas de dormir sous la tente, mais les voitures de luxe et les « militants » qu’on voit sortir le matin des hôtels cinq étoiles, cela fait désordre dans un monde où c’est la misère qu’on vient soigner.
Tout cela pour arriver aux questions suivantes :
1. Faut-il mieux donner à une grande ONG ayant pignon sur rue, ou à la petite ONG du village voisin du sien, qui organise modestement son opération annuelle de A à Z, et va elle-même sur place pour réaliser son projet sans engraisser aucun intermédiaire ?
2. Faut-il seulement donner, ou peut-on aussi prêter (sans intérêt) ?
3. Il y a environ 500 chercheurs français en poste dans les pays du Sud, dans des universités, des centres de recherche locaux, qui fréquentent les populations locales au quotidien – les Dorothée, les Gee Her, les Maléna de mes histoires – qui les entendent parler de leurs besoins, de leurs projets, et qui pourraient se charger d’acheter sur place et de faire transporter les matériaux, équipements, médicaments, etc. dont les villages ont besoin pour se développer, sans passer par une grosse ONG ni une ribambelle d’intermédiaires gourmands. Alors pourquoi ne pas essayer de créer une association avec eux qui sont déjà sur place et qui travaillent avec les villageois ? Et en plus, une asso qu'on ne crée pas pour donner - comme les autres - mais pour investir : ceux à qui on prête de l’argent pour acheter un broyeur à manioc par exemple (voir ma note « manioc et valeur ajoutée » du 25.12) doivent le rembourser pour que d’autres, après eux, puisse réaliser aussi leur projet. On crée ainsi « des fonds rotatifs » : les entrepreneurs et entrepreneuses qui existent partout on besoin qu’on les aide à démarrer, pas qu’on leur fasse la charité. On aurait juste à créer le fonds initial, et identifier ceux, parmi tous nos chercheurs, qui seraient prêts à s’investir un peu dans ce genre d’action humanitaire à leurs heures de loisir. Je les contacte?

Qu'est-ce qui est plus beau que le sourire d'un enfant?
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dimanche, 25 décembre 2005
Manioc et valeur ajoutée
Dans l'histoire de Dorothée (note du 27.11 dans la catégorie "mes histoires"), j'ai raconté en quelques lignes l'importance que la recherche de nouvelles variétés a eu partout en Afrique de l'Est où le manioc constitue une denrée importante quand ce n'est pas la base de la nourriture de chaque jour. La production s'était complètement effondrée, à la fin des années 80, et la sécurité alimentaire de centaines de milliers de familles avec. Les chercheurs ont bien travaillé, le virus du manioc est pratiquement de l'histoire ancienne aujourd'hui, mais cela ne suffit pas à sortir de la pauvreté.
Dorothée nous a raconté que le manioc de son village, non seulement maintenant il produit assez pour nourrir tout le monde, mais il y a des surplus importants qui peuvent être vendus sur le marché de la capitale, Kampala. Le problème, c'est que pour accéder au marché, n'ayant pas de véhicule, il faut passer par un "intermédiaire". Bien sûr, comme partout, l'intermédiaire se sucre abondamment. Mais de toute façon, le manioc frais ne se vend pas très cher. Et il ne se conserve pas longtemps. C'est pour cela que Dorothée rêvait d'un broyeur, pour faire de la farine.
Si la consommation de farine de manioc n'est pas traditionnelle en Ouganda, elle l'est au Brésil (la farinha de mandioca) comme au Nigéria (le gari). Le gari permet en un clin d'oeil de faire un porridge très nourrissant pour les enfants, avant le départ à l'école. Et puis la farine se conserve bien, et se vend bien plus cher que le manioc frais.
A côté d'Ibadan, au Nigéria, j'ai visité une "micro usine" de femmes, une coopérative où le seul homme était employé au transport des charges, où le manioc frais est pelé, broyé en farine, pré-cuit et conditionnée en sacs en plastiques, prêts pour la vente. La valeur ajoutée réalisée par cette opération est de 200%: la farine se vend trois fois le prix du manioc frais, par unité de surface de production.





Photos (de haut en bas et de gauche à droite): arrivée à la coopérative féminine; la zone de pelage; le broyeur; la zone de cuisson; deux plaques de cuisson à deux températures différentes et la farine est prête.
En Ouganda, j'ai demandé à la très entreprenante Dorothée pourquoi son groupe ne s'était pas encore lancé dans une telle opération:
"Nous avons demandé un crédit et la banque était d'accord pour nous en donner un, parce que nous sommes un groupe organisé. Mais quand nous avons demandé comment nous devrions rembourser, ils nous ont dit que le premier versement était à faire dans une semaine, le second la semaine suivante, et ainsi de suite. Tout devait être remboursé dans les six mois. Vous savez combien de temps il met à pousser, le manioc? Dix-huit mois! Ce genre de crédit, ce n'est pas pour les petits agriculteurs comme nous. Et toutes les banques proposent la même chose. On ne peut pas acheter notre broyeur".
Renseignement pris, le dit broyeur coûte l'équivalent d'environ 1250 euros.
En Colombie, un généreux donateur a permis à de petits agriculteurs comme Dorothée de se lancer dans "le business". Mais le "don" a été placé dans "un fonds rotatif de prêts" Si un groupe veut acheter l'équivalent d'un broyeur" il présente un projet. C'est un concours: les meilleurs projets sélectionnés chaque année sont financés. Mais chacun doit rembourser ce qu'il a obtenu, et ainsi le fonds continue d'aider les suivants. C'est le caractère "rotatif" du système de micro-crédit. Cela marche depuis déjà quelques années. Tout le monde rembourse, rubis sur ongle, et le nombre des bénéficiaires satisfaits augmente.
Tout cela n'est pas de la recherche, mais du développement? Oui certes. Mais en amont de l'histoire, il y a des gens qui regardent la structure des organisations "qui marchent", qui enquêtent sur les marchés et les accès aux marchés, qui organisent l'information, qui forment les candidates et les candidats à chaque étape de leur aventure, etc. La recherche au Sud a de multiples facettes. Ce n'est pas seulement fabriquer des variétés résistantes au virus et qui produisent plus, c'est mille et une autres choses passionnantes.
10:05 Publié dans Mes histoires | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
samedi, 24 décembre 2005
Dernière heure...

merci à http://www.amusetoi.com/ecarte.htm pour m'avoir prêté un instant ce Père Noël
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vendredi, 23 décembre 2005
La recherche est l’avenir de l’homme… japonais
Sur le site du Monde aujourd’hui, un article signé Philippe Pons : Le Japon investit plus que jamais dans la recherche et le développement. Le Japon est conscient qu'il doit conserver son avance technologique pour soutenir son renouveau en se dégageant par le haut de la plus longue récession qu'il ait connue depuis la guerre. Malgré la crise, Tokyo continue l’effort déjà entrepris depuis quelques années en restant le pays qui investit le plus de son produit intérieur brut (PIB) dans la recherche. Celle-ci représente aujourd'hui 3,5 %. En comparaison, la France est à 2,2% et son PIB étant 2,5 fois plus petit que le PIB japonais, je calcule que la France investit 3 fois moins dans la recherche que les japonais !
Le nouveau plan cadre met l'accent sur la formation des jeunes chercheurs et la venue de chercheurs étrangers au Japon. Les femmes devraient représenter le quart du total en 2010. D'une recherche à forte composante technologique qui fit dans le passé la richesse du pays, le Japon est passé en force à la recherche fondamentale : une orientation confirmée par l'obtention ces dernières années de plusieurs prix Nobel. Autre leçon pour nos politiques français – mais sont-ils capables d’apprendre ? C’est qui la star du comique qui raconte une visite de responsables chinois à Paris : «non, vous les français, vous vous occupez des monuments historiques» ?
Le Japon entend poursuivre dans la voie de l'investissement-recherche fondamentale. Chez nous, la seule recherche qui compte est celle qui rapporte déjà (ou des-« A ») : Airbus, Ariane, Atome, etc. Une des orientations de la politique japonaise de recherche vise à essayer de construire des centres d'excellence et des pôles de recherche qui soient des instruments de revitalisation des régions. Chez nous, avec la trouvaille des «pôles de compétitivité» faits de bric et de broc, des universités qui se délabrent et nos chercheurs qui fuient à l’étranger faute d’espérer faire une carrière décente dans l’hexagone, on est bien parti ! Non, je suis pessimiste. C’est vrai qu’ils nous concoctent une nouvelle loi en ce moment, nos élus. Une loi, c’est plus facile à faire qu’une bonne réforme avec des gros sous bien réels à la clé.
Il est plus que temps de changer de pilote dans l’avion France. Déjà qu’ils nous cassent les pieds tous les jours avec leurs chamailleries de pré-campagne un an et demi à l'avance, à gauche et à droite, on ne pourrait pas la faire plus tôt, cette fichue élection présidentielle ?
19:35 Publié dans Les news "Science" que j'ai notées pour vous | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



