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vendredi, 30 décembre 2005

Une histoire colombienne

La recherche qui combat la pauvreté, ça existe. L’histoire qui suit est extraite d’un livre sur l’impact de la recherche agricole sur la pauvreté. Le livre, publié en 2002, est accessible sur le site du CIAT, en anglais.

J’ai déjà raconté que le manioc était une plante importante pour les petits agriculteurs de l’est africain. Originaire du bassin amazonien, cette plante est également très importante dans toute l’Amérique latine tropicale. C’est une plante qui résiste bien à la sécheresse et qui tolère des sols de fertilité très moyennes. Et puis, un peu comme la pomme de terre, c’est une plante qui peut se consommer de mille et une façons (voir plus bas).

Dans les zones semi arides de la côte nord colombienne, les petits agriculteurs tirent la plus grosse part de leurs revenus du manioc. Dans les années 1960, 1970, cela veut dire : pas grand-chose. Ou bien le manioc se mange à la ferme, ou on peut en vendre un peu au marché local. Mais les racines, une fois tirées de terre, ne se conservent pas bien longtemps. Les chercheurs se penchent sur le problème : quel autre marché créer, qui changerait la donne. On commence par regarder ce qui existe ailleurs, notamment en Asie, et un projet se dessine, qui reçoit un financement du gouvernement canadien. Il s’agit de créer des aires de séchages du manioc pour le transformer en alimentation pour bétail. La région de la côte nord colombienne se prête bien à l’étude : 80% des agriculteurs ont moins de 20 hectares de terre, et la zone produit un gros tiers de tout le manioc produit en Colombie.

10 ans après le démarrage du projet, 138 coopératives pratiquaient le séchage du manioc. La production était de 35.000 tonnes de manioc sec, à partir d’environ 90.000 tonnes de frais (représentant 10% de la production régionale). 36% des petits agriculteurs apportaient une partie de leur manioc à une coopérative. Tous les indicateurs montraient un recul de la pauvreté.

Alvaro Meza cultivait du manioc depuis longtemps quand il est devenu associé de la coopérative de Sabanas de Beltran.
« la construction de l’usine de séchage a été un grand événement dans notre communauté, et les changements qu’elle a provoqué dans notre niveau de vie sont évidents. L’association a franchement amélioré le marché pour le manioc. Avant, chaque agriculteur plantait seulement entre un quart et un demi hectare de manioc, essentiellement pour la consommation familiale. Maintenant chaque agriculteur plante entre 2 et 3 hectares parce que son marché est assuré. L’usine de séchage paie les membres comme les non membres en liquide, alors ils augmentent leur surface cultivée, et cela se traduit par des revenus plus élevés. »

En 1993, quand le projet des scientifiques se termine, les coopératives sont prêtes à voler de leurs propres ailes. Malheureusement, presque simultanément, le gouvernement décide d’ouvrir son marché aux importations d’aliments pour bétail en provenance des Etats-Unis. Très rapidement, le marché du manioc s’effondre. En un an, la production est ramenée de 35.000 à 7.000 tonnes.

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Des leçons à tirer :
- produire de nouvelles variétés est nécessaire, mais travailler sur « l’après récolte » est au moins aussi important ;
- la recherche peut avoir un impact mesurable, important, sur la vie des plus pauvres parmi les agriculteurs, mais les avancées sont dépendantes des règles du marché. La politique néolibérale qui s’installe en Colombie en 1993 réduit à néant tous les efforts d’investissement de milliers d’agriculteurs ;
- il n’y a pas de solution-miracle ou de plante-miracle. Ce dont les petits agriculteurs ont le plus besoin, c’est de diversification. Un seul produit, et ils sont hyper vulnérables. Plusieurs produits permettent de diminuer les risques. Un organisme de recherche qui travaille seul ne peut offrir la diversification nécessaire parce que la recherche, pour être de qualité, demande à être spécialisée, limitée à un petit nombre de plantes et de produits. Mais les chercheurs savent encore très mal travailler dans un cadre interinstitutionnel et interdisciplinaire. Et les donateurs ne les y encouragent guère.

Mangez du manioc !

Aider les agriculteurs du Sud, on le peut. En achetant et en mangeant des produits tropicaux.
Le manioc peut s’acheter entier, frais, ou sous forme de farine (gari). Le manioc entier peut être mangé bouilli, en frites, en croquettes, ou en beignets. La farine peut être grillée et agrémentée de lardons, œufs ou olives. Elle se marie très bien avec des haricots noirs (comme dans la feijoada brésilienne).

Pour quelques recettes de manioc :
www.terrespoir.com
mandji.net/mbolo/recette1.htm
www.alterafrica.com/
www.brousse-en-folie.com

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