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dimanche, 25 décembre 2005
Manioc et valeur ajoutée
Dans l'histoire de Dorothée (note du 27.11 dans la catégorie "mes histoires"), j'ai raconté en quelques lignes l'importance que la recherche de nouvelles variétés a eu partout en Afrique de l'Est où le manioc constitue une denrée importante quand ce n'est pas la base de la nourriture de chaque jour. La production s'était complètement effondrée, à la fin des années 80, et la sécurité alimentaire de centaines de milliers de familles avec. Les chercheurs ont bien travaillé, le virus du manioc est pratiquement de l'histoire ancienne aujourd'hui, mais cela ne suffit pas à sortir de la pauvreté.
Dorothée nous a raconté que le manioc de son village, non seulement maintenant il produit assez pour nourrir tout le monde, mais il y a des surplus importants qui peuvent être vendus sur le marché de la capitale, Kampala. Le problème, c'est que pour accéder au marché, n'ayant pas de véhicule, il faut passer par un "intermédiaire". Bien sûr, comme partout, l'intermédiaire se sucre abondamment. Mais de toute façon, le manioc frais ne se vend pas très cher. Et il ne se conserve pas longtemps. C'est pour cela que Dorothée rêvait d'un broyeur, pour faire de la farine.
Si la consommation de farine de manioc n'est pas traditionnelle en Ouganda, elle l'est au Brésil (la farinha de mandioca) comme au Nigéria (le gari). Le gari permet en un clin d'oeil de faire un porridge très nourrissant pour les enfants, avant le départ à l'école. Et puis la farine se conserve bien, et se vend bien plus cher que le manioc frais.
A côté d'Ibadan, au Nigéria, j'ai visité une "micro usine" de femmes, une coopérative où le seul homme était employé au transport des charges, où le manioc frais est pelé, broyé en farine, pré-cuit et conditionnée en sacs en plastiques, prêts pour la vente. La valeur ajoutée réalisée par cette opération est de 200%: la farine se vend trois fois le prix du manioc frais, par unité de surface de production.





Photos (de haut en bas et de gauche à droite): arrivée à la coopérative féminine; la zone de pelage; le broyeur; la zone de cuisson; deux plaques de cuisson à deux températures différentes et la farine est prête.
En Ouganda, j'ai demandé à la très entreprenante Dorothée pourquoi son groupe ne s'était pas encore lancé dans une telle opération:
"Nous avons demandé un crédit et la banque était d'accord pour nous en donner un, parce que nous sommes un groupe organisé. Mais quand nous avons demandé comment nous devrions rembourser, ils nous ont dit que le premier versement était à faire dans une semaine, le second la semaine suivante, et ainsi de suite. Tout devait être remboursé dans les six mois. Vous savez combien de temps il met à pousser, le manioc? Dix-huit mois! Ce genre de crédit, ce n'est pas pour les petits agriculteurs comme nous. Et toutes les banques proposent la même chose. On ne peut pas acheter notre broyeur".
Renseignement pris, le dit broyeur coûte l'équivalent d'environ 1250 euros.
En Colombie, un généreux donateur a permis à de petits agriculteurs comme Dorothée de se lancer dans "le business". Mais le "don" a été placé dans "un fonds rotatif de prêts" Si un groupe veut acheter l'équivalent d'un broyeur" il présente un projet. C'est un concours: les meilleurs projets sélectionnés chaque année sont financés. Mais chacun doit rembourser ce qu'il a obtenu, et ainsi le fonds continue d'aider les suivants. C'est le caractère "rotatif" du système de micro-crédit. Cela marche depuis déjà quelques années. Tout le monde rembourse, rubis sur ongle, et le nombre des bénéficiaires satisfaits augmente.
Tout cela n'est pas de la recherche, mais du développement? Oui certes. Mais en amont de l'histoire, il y a des gens qui regardent la structure des organisations "qui marchent", qui enquêtent sur les marchés et les accès aux marchés, qui organisent l'information, qui forment les candidates et les candidats à chaque étape de leur aventure, etc. La recherche au Sud a de multiples facettes. Ce n'est pas seulement fabriquer des variétés résistantes au virus et qui produisent plus, c'est mille et une autres choses passionnantes.
10:05 Publié dans Mes histoires | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


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