Yves Savidan


Chance ou opportunité saisie? Dans un ascenseur de la fac, un jour, mon prof de génétique m'a demandé si je m'intéressais au café. Dans son bureau, un moment plus tard, il m'a offert d'aller améliorer le café à Madagascar. J'ai saisi cette opportunité et j'ai signé un engagement de 14 ans avec l'ORSTOM (devenu depuis IRD). La chance a fait qu'avant de quitter la France un collègue a changé de parcours et il a fallu le remplacer, en urgence. Du café je suis passé à l'herbe de Guinée, une plante fourragère inconnue. Et au lieu de Madagascar, je me suis retrouvé en Côte d'Ivoire. La chance, encore, a fait que cette herbe de Guinée se reproduisait par clonage. Un processus biologique extraordinaire fait que cette plante produit des graines, comme toutes les autres plantes, mais celles-ci contiennent un embryon qui est un clone de sa mère. En moins de dix ans je suis devenu l'un des trois ou quatre spécialistes mondiaux les plus connus dans ce microscopique domaine de la science. Connu et reconnu, surtout à l'étranger. Et lorsque j'ai arrêté mes recherches pour revenir en France à 53 ans, cette reconnaissance m'a rattrappé. Il y a très peu de français dans la gouvernance des instituts de recherches internationaux, la faute à la langue dit-on. Je suis très heureux d'avoir été nominé par mes collègues brésiliens pour faire partie de la gouvernance du CIAT*. Et fier d'être le premier français à avoir assumé, pendant deux ans, la présidence d'un centre international de recherche agricole que beaucoup considèrent comme le plus à l'écoute des besoins des agriculteurs pauvres du Sud.

 

En 2007, le gouvernement à labellisé 13 centres d'excellence scientifique, dont un sur l'agronomie, à Montpellier. Aujourd'hui, "Agropolis Fondation" peut être considéré comme un pôle mondial des sciences vertes. De là naîtront sans doute bien des solutions pour l'agriculture et l'alimentation de demain. Depuis juin 2007 j'assure la présidence du Conseil Scientifique de cette nouvelle Fondation de recherche.

 

* Centre International d'Agriculture Tropicale, l'un des 15 centres de l'Alliance des Centres financés par le Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (GCRAI). Cinq chercheurs français (du Cirad et de l'IRD) travaillent actuellement au CIAT.