jeudi, 07 mai 2009
Deux gros dossiers pour le pôle agronomique de Montpellier
Pendant et après le voyage de Georges Frêche aux Etats-Unis, notre quotidien préféré a publié une série d’articles faisant référence à l’éventuelle candidature de Montpellier pour héberger le siège de la principale organisation mondiale de recherche agronomique. J’aime bien notre quotidien, mais sur ce sujet ses journalistes se sont surpassés en nouvelles farfelues et totalement inexactes. Et quand ces inexactitudes étaient prêtées au président de Région lui-même, sachant de première main que Georges Frêche est, lui, bien informé, je me suis posé quelques questions sur la façon de travailler des journalistes du Midi Libre. Quand il y a, non pas un mais deux dossiers aussi chauds que ceux qui concernent Montpellier et le GCRAI (l’organisation mondiale en question), pourquoi nos journalistes sont-ils incapables d’aller interviewer, poser leurs questions à ceux qui, à Agropolis International, gèrent ces dossiers au quotidien, plutôt que d’inventer ou d’interpréter de façon fantaisiste une phrase attrapée au vol ici ou là ?
Que Montpellier accueille au non le siège du GCRAI dépendra de plusieurs facteurs et il y a encore beaucoup trop d’inconnues dans ce paysage pour que quiconque puisse s’avancer sur le sujet sans risque. Ce qui est sûr, par contre, et dont personne ne parle, c’est que la candidature de Montpellier sera d’autant plus regardée avec bienveillance par ceux qui vont prendre la décision (et dont on ne sait rien encore puisqu’ils n’ont pas été choisis eux-mêmes par l’organisation) que nous aurons mis au point et annoncé un programme exceptionnel pour la 1ère Conférence mondiale sur la recherche agricole pour le développement qui se tiendra en mars 2010. Parce que le point fort de Montpellier ce n’est évidemment pas son aéroport, trop peu international, mais son pôle scientifique et tout particulièrement son pôle agro. Autrement dit, ses neurones. Faisons la démonstration que nous avons à Montpellier le meilleur environnement intellectuel possible en organisant une conférence totalement inhabituelle, décoiffante à plus d’un titre, et à la fois hyper pertinente quant à la façon d’aborder les grandes questions, les grands enjeux d’aujourd’hui et surtout de demain… et nous aurons fait un grand pas. Si le Conseil régional, en plus, s’engage pour offrir au GCRAI une infrastructure aussi décoiffante que sera notre conférence, et minimise, par des mesures d’appoint ciblées, spécifiques, les problèmes de transports, alors nous aurons de grandes chances d’emporter le morceau.
Mais tout commence par la conférence. Onze groupes de travail sont actuellement mis en place, qui auront tous leurs premières réunions dans les deux semaines qui viennent. Les neurones, un gros paquet de neurones, vont sérieusement s’échauffer, l’objectif étant de réussir un événement exceptionnel pour la communauté scientifique régionale.
Loin, plus loin, un autre groupe de travail, international, prépare l’ouverture de la Conférence. Une ouverture politique, avec beaucoup de personnalités, donc de projecteurs et de caméras. Pas une affaire de chercheurs. Mais encore quelque chose pour faire que le monde entier entende parler de Montpellier, du 28 mars au 1er avril 2010.
15:24 Publié dans Actualités, Politique, Sciences et technologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : recherche, agriculture, pays du sud, pauvreté
lundi, 27 avril 2009
L’ennui naquit un jour de l’uniformité… l’ennui et beaucoup plus
J’ai souvent critiqué, y compris dans cette colonne, notre complexité institutionnelle franco-française. Sur Montpellier et la Région Languedoc-Roussillon, nous réussissons à réunir pas moins de cinq universités indépendantes, sept écoles d’ingénieurs, et une grosse douzaine d’instituts de recherche non universitaires. Les jours où je me lève du bon pied, je remplace complexité par diversité. La diversité peut être brouillonne, elle peut être organisée, complémentaire. Avoir, en un même lieu, un très grand nombre de disciplines scientifiques peut être – devrait être – un avantage, voire une grande opportunité. Les interfaces disciplinaires sont favorables à l’émergence de nouvelles idées, qui peuvent se traduire en nouveau projets de recherche, qui peuvent se traduire en innovation et en progrès. Bien sûr, le bémol c’est qu’on ne se met pas à travailler ensemble parce qu’on habite le même quartier, voire le même immeuble. Il y faut quelque incitation.
Le point que je veux faire ici aujourd’hui, c’est que notre « système » pour ne pas dire notre ministère de l’éducation supérieur et de la recherche, met un énorme bâton dans les roues de ceux qui veulent innover en sortant de leur discipline, en allant vers d’autres, en explorant les interfaces. Le bâton en question s’appelle l’évaluation et l’agence qui le tient bien en main s’appelle l’AERES (Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur). Et comme un bon exemple vaut mieux qu’un long discours, je vais illustrer le problème par un cas bien précis, celui que je connais le mieux, celui de la génétique et l’amélioration des plantes.
Comme tous les chercheurs – et leurs unités – sont évalués en fonction de leur production scientifique, exprimée en nombre de publications dans des revues scientifiques de prestige (ou du moins « bien cotées »), le chercheur lambda, pas fou, préfère travailler sur un sujet qui permet de faire beaucoup de publications. L’arabette peut produire une descendance en deux mois, certains arbres auront besoin de plusieurs années, il est donc plus facile de travailler sur une plante-modèle qui ne sert à rien que sur une plante utile dont le cycle de vie est long. De même, le chercheur lambda préfère travailler en biologie moléculaire, où l’on peut obtenir énormément de données à traiter dans un temps relativement court et sans sortir de son laboratoire, que de travailler sur la production du latex de l’hévéa en Malaisie, qui demande un tout petit peu plus de temps. Bref, on ne trouvera bientôt plus un seul étudiant pour s’occuper de plantes, tous veulent s’occuper de gènes (ou de séquences, ou de « marqueurs moléculaires », etc.). Et pour continuer dans le « bref », vous, moi et quelques milliards d’autres habitants de notre planète mangeons des plantes et beaucoup de produits dérivés des plantes. Pourtant on décourage les jeunes (et les moins jeunes) à se former et à travailler en génétique et amélioration des plantes.
C’est un métier passionnant (j’ai failli dire le plus passionnant que je connaisse, mais j’en connais peu d’autres) et indispensable. On ne sait pas nourrir correctement 6 milliards et demi d’habitants aujourd’hui. Il n’y a aucune chance qu’on arrive à en nourrir mieux 9 milliards demain si on ne forme pas les gens pour le faire.
Produire de nouvelles variétés pour nourrir le monde, c’est une tâche sérieuse, dramatiquement importante. Et pour cela on a besoin de gens bien formés. Quand j’exagère, et pour titiller mes collègues, j’ose dire qu’il ne faudrait pas confier cette génétique-la aux généticiens. C’est trop sérieux. Ce que je veux dire en disant cela, c’est que c’est plus que l’affaire d’une seule et unique discipline. J’ai été extrêmement satisfait, l’an passé, de voir deux de mes collègues généticiens se lancer dans une offre de formation où 50% des cours étaient donnés non par des généticiens mais par des collègues des sciences sociales. Si on avait tous été formés dans un tel esprit – l’homme et la plante ont une histoire conjointe depuis des millénaires – on n’aurait jamais connu cette fracture qui existe aujourd’hui entre le consommateur et le chercheur généticien à cause de cette péripétie demain insignifiante qui s’appelle l’OGM. Aujourd’hui il faut former un nouveau type de sélectionneur (généticien et améliorateur de plantes) capable d’inverser le mode opératoire dominant depuis 60 ans : c’est la nutrition, le marché, le consommateur qui doivent guider les décisions du sélectionneur, pas le sélectionneur qui doit imposer ses choix. Et donc si les jeunes améliorateurs de demain doivent apprendre la génétique ils doivent aussi apprendre à écouter, à dialoguer avec des chercheurs d’autres disciplines et avec des non chercheurs.
Oui mais ces gens-là seront mal évalués. Parce qu’un chercheur qui travaille à la frontière entre plusieurs disciplines, un chercheur qui travaille à la frontière entre science et société ne trouve aucune revue scientifique de prestige (ou « bien cotée) qui accepte son article. Et l’AERES descendra son unité en flammes parce qu’elle ne pourra montrer le nombre de publications nécessaires et suffisantes pour être une « bonne » unité. Donc, demain, après-demain et le jour d’après, on formera des gens qui savent trouver des gènes sur les chromosomes, les séquencer et jouer avec. Mais personnes pour passer les heures indispensables dans les champs, avec les agriculteurs, pour produire les beaux fruits et légumes qu’ils seront fiers de produire et nous contents d’acheter.
De l’uniformité ne nait pas que l’ennui.
19:32 Publié dans Politique, Sciences et technologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : recherche, évaluation, génétique, amélioration des plantes
Les plantes orphelines
Montpellier accueille, aujourd’hui et demain, Madame Hannah Jaenicke, directrice d’une organisation qui s’appelle « les plantes pour le futur » (Crops for the Future).
On lit souvent que quelques 7000 espèces végétales auraient à un moment ou un autre été cultivées (au minimum ramassées, et donc utilisées) par l’homme au cours de sa petite histoire agricole. Aujourd’hui 80 à 90% de ce que nous mangeons ne vient plus que d’une douzaine d’espèces et seulement 150 seraient effectivement cultivées dans le monde.
Bref, nous sommes assis sur une montagne de plantes utiles et utilisables, mais nous n’en utilisons vraiment qu’une infime fraction.
Il y a plusieurs raisons à cela. La principale c’est qu’il faut sans doute d’abord être pragmatique quand on veut nourrir le monde. Et puis, au cours de l’histoire agricole évoquée, il y a eu un certain nombre de péripéties, comme les échanges contraints et forcés, commencés par des « explorateurs », continués par des « colonisateurs », poursuivis aujourd’hui par des « chercheurs ». Je force le trait, comme souvent, mais la recherche a eu, depuis 60 ans, une influence marquante sur la réduction du nombre d’espèces cultivées et sur donc la réduction de la diversification des agricultures. Les africains ne mangeaient pas de maïs avant l’arrivée des colons. Nombre d’entre eux aujourd’hui sont dépendants de cette plante originaire des Amériques et totalement inadaptée aux conditions climatiques instables de la plus grande partie du continent noir. L’invasion du maïs s’est faite au détriment de cultures traditionnelles, qui sont devenues peu à peu des cultures « orphelines » ou « sous utilisées ». Ce sont ces plantes, et beaucoup d’autres (et pas seulement des plantes alimentaires) que l'organisation « les plantes pour le futur » veut promouvoir à nouveau, d’abord en rassemblant et rendant accessible à tous les informations existantes, disponibles, sur ces espèces et leurs usages.
Pour en savoir plus : Crop for the future (attention, cette organisation est née il y a quelques mois de la fusion de deux organisations préexistantes – on trouve encore beaucoup plus d’information sur le site de l’une d’elles, le Centre international pour les plantes sous-utilisées )
09:49 Publié dans Actualités, Economie, Sciences et technologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : agriculture, alimentation, agrobiodiversité
dimanche, 26 avril 2009
Des girafes ou des hommes: chacun ses soucis
Je trouve sur le site du Monde quelques belles photos sous le titre « la faune du Parc du Masai Mara décline de manière alarmante »
Pauvres petites bêtes ! Tous les écologistes du monde vont se mobiliser...
Pendant ce temps là, Action contre la faim (ACF) nous alerte : aggravation de la crise nutritionnelle, la malnutrition atteint des sommets au Kenya.
Que les girafes disparaissent d’un parc national, c’est regrettable, mais ce n’est pas la fin de l’espèce.
Je vous invite à voyager quelques secondes avec moi, par l’esprit, jusqu’à ce petit coin d’Afrique. « Les conditions de vie se sont dégradées après trois années consécutives sans pluie, qui ont imposé depuis 2006 de longues saisons sèches aux hommes, aux animaux et aux cultures » (ACF). Comment ne pourrait-on pas être tentés d’amener ses quelques vaches maigres dans la zone protégée quand les terrains voisins, autour du Parc, sont nus, sans un brin d’herbe ni une feuille à croquer ? Ces pâtures clandestines font fuir les herbivores sauvages et entrent directement en compétition avec eux. Toutes les populations diminuent quand il y a moins à manger. Comment ne pourrait-on pas être également tentés de chasser aussi un peu plus l’antilope que de coutume quand les greniers sont vides et que les bons morceaux de « la viande de brousse » s’échangent facilement contre quelques centaines de shillings aux portes même du Parc ?
Que pèsent la protection de la nature et le tourisme qui ne profite qu’à quelques uns quand des milliers d’enfants souffrent de malnutrition ?
On ne peut pas protéger les girafes quand on ne peut pas protéger ses enfants.
09:59 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : afrique, développement
mercredi, 22 avril 2009
Information urgente: un drame en cours au Nord Kenya
Appel commun d’organisations humanitaires internationales face à l’explosion du taux de malnutrition à Mandera, dans le nord du Kenya.
Les organisations humanitaires internationales Action Contre la Faim (ACF), Secours islamique, Save the Children (SC-UK) ont émis un appel à l’action urgente afin de contenir et d’inverser les taux alarmants de malnutrition aiguë non traités dans la province nord-est du Kenya. Des enquêtes indépendantes menées dans tout le District du Mandera de janvier à mars 2009 indiquent que les taux de malnutrition aiguë ont atteint 30% soit une moyenne deux fois supérieure au seuil d’alerte de 15% fixé par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Dans le même temps, 5% des enfants de la région souffrent de malnutrition aiguë sévère, ce qui indique clairement une crise nutritionnelle grave.
Causes sous-jacentes
Ce pic de malnutrition a de multiples causes. Les conditions de vie se sont dégradées après trois années consécutives sans pluie, qui ont imposé depuis 2006 de longues saisons sèches aux hommes, aux animaux et aux cultures. Couplé à la hausse des prix de la nourriture, à une pénurie d’eau de grande ampleur, à des pratiques d’hygiène et d’assainissement insuffisantes (près de 60% des communautés vivant en Mandera Ouest n’ont pas accès aux latrines) et à un déclin du commerce régional dû à de récentes fermetures de frontière, ces faits ont contribué à un manque d’accès à l’eau et à la nourriture dans cette zone.
D’après ces enquêtes, 20 628 enfants, soit 32,6% des enfants de la région, sont malnutris dans tout le District de Mandera. Parmi eux 4 624 souffrent de malnutrition aiguë sévère, et risquent de mourir s’ils ne reçoivent pas de traitement. Le nombre d’enfants malnutris admis dans des centres de nutrition complémentaire et des programmes ambulatoires a dramatiquement augmenté, entre 40 et 100%. « Le nombre de nouveaux cas constatés de malnutrition est alarmant et indique une grande urgence », dit Yesuf Abdella, du Secours islamique, qui constate « la lutte contre la malnutrition a toujours été sous-financée dans la région, mais cette hausse est dramatique et nous avons besoin d’aide ».
Une aide d’urgence est nécessaire.
Pour en savoir plus et si vous voulez faire un don, visitez le site d'Action contre la faim
11:05 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : afrique, agriculture, développement


